Viens chez moi, j’habite chez une copine !

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu aujourd’hui la dernière chronique de Cédric Manara sur Domaines.info, intitulée « la valorisation des noms de domaine de troisième niveau« 

Il y est question de la location de ce qu’on appelle couramment les « sous-domaines » dans le jargon du marché. Exemple : vous êtes titulaire du nom de domaine domaine.com et – non content d’exploiter un vignoble – vous vous dites que vous pourriez tirer un revenu complémentaire de votre joyau via une forme d’investissement locatif. Alors vous vous mettez en tête de contacter tous les registrars français et de leur proposer de les « héberger » sous votre nom de domaine avec des déclinaisons de type « gandi.domaine.com », « ovh.comaine.com » ou « amen.domaine.com ». Si le modèle économique brut me semble tiré par les cheveux (car concept difficile à vendre pour le titulaire du domaine et peu d’intérêt pour le locataire), c’est une option tout à fait plausible pour des opérations de co-branding, comme le souligne Cédric. Le reste de l’article porte surtout sur des études de cas juridiques et je laisse les puristes s’en délecter.

Sans nécessairement se focaliser sur le cas particulier de la location de domaines de troisième niveau, il faut à mon goût lire une tendance derrière tout cela. Tendance très bien résumée dans la toute première phrase de l’article : « La saturation des extensions, .COM en tête, amène à chercher d’autres moyens pour être visible dans les espaces de nommage les plus populaires« . En clair, nous sommes sur un marché en phase de maturation et dont les ramifications, les acteurs et les produits sont constamment amenés à évoluer.

Il y quelques années encore, on parlait souvent d’un marché niche (voire parallèle) lorsqu’on évoquait second marché des noms de domaine. Mais voilà, quand des niches commencent à apparaître dans un marché toujours qualifié de niche, il est temps d’ouvrir les yeux. Les phénomènes tels que la location de noms de domaine ne sont qu’une conséquence logique d’une réalité (toujours la même, je radote) : d’un côté, de plus en plus de noms de domaine de qualité sont pris; et de l’autre côté, quinconque veut exister sur Internet a besoin d’un nom de domaine… et si possible d’un bon.

Alors que se passe-t-il ? C’est simple. Le grand public se réveille et découvre la dure réalité des prix pratiqués sur le second marché. Un temps abasourdi par la forte odeur de spéculation qui en émane, il marmonne (certains le confortant dans sa conviction que tout cela n’est pas normal) Mais au fond, son problème persiste : il a besoin d’un nom de domaine de qualité. Et là où les prix sont trop chers à l’achat… on loue. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire quelques mots sur les similarités entre le marché de l’immobilier et celui des noms de domaine, mais jamais le marché ne m’a autant conforté dans mon idée que les modèles pourraient être plus que des simples cousins éloignés.

Ce qui n’est pas pour déplaire aux titulaires de noms de domaine génériques de qualité, qui se satisfont souvent tout aussi bien d’un loyer que d’une vente. Cela leur permet entre autre de garder un certain contrôle sur leur nom de domaine, d’augmenter éventuellement leur loyer en fonction de l’évolution du marché et surtout de réfléchir sereinement à des perspectives quant à l’exploitation future du nom. Enfin, est parfois inclue dans le contrat de location une clause permettant de lever l’option d’achat (comme chez les footballeurs) au cas où les deux parties y trouveraient un intérêt.

Et enfin, comme partout où l’offre et la demande sont susceptibles de se rencontrer, des intermédiaires gravitent. Jusqu’à dans des pays pourtant réputés comme « retardataires » au niveau du développement du second marché, on voit apparaître de petits nouveaux qui font même de la location de domaines leur terrain de jeu exclusif.

Et ce n’est qu’un début. Certains comme Fusu vont déjà beaucoup plus loin et non satisfaits de s’inspirer des modèles de l’immobilier, y rajoutent une dimension boursière. L’idée de base est pourtant ultra-simple : acheter des parts dans des noms de domaine générique de qualité et miser sur une plus-value éventuelle. Bien sûr, le modèle doit encore faire ses preuves, mais l’idée est là.

Alors à ce rythme, jusqu’où ira-t-on ? Je suis persuadé que la location de noms de domaine n’est qu’un arbre qui cache la forêt. Il y a dans ce secteur de quoi décliner plusieurs business models différents, comme par exemple la location sur mesure à courte durée. Exemple : je suis la société Voyages Sncf, j’ai bien vu que le nom de domaine train.fr était pris et inutilisé mais A. je n’ai pas je ne me donne pas les moyens d’investir ce qu’en demande le titulaire et B. à vrai dire et dans l’absolu, je n’en ai vraiment besoin que pour une campagne marketing précise… et C. peut-être que ce bref essai me ferait revoir ma position sur A. Autre modèle possible : la location de trafic. Prenons par exemple le domaine messe.com, « Messe » voulant dire « Salon/Foire/Exposition » en allemand. Ce domaine génère du trafic du monde entier et pas seulement d’Allemagne mais également des pays francophones. Mais ce qui m’intéresse, moi, plus grand parc d’exposition d’Allemagne, ce n’est pas la partie française du trafic, mais seulement la partie allemande. Vous achetez souvent un pack d’eau entier quand vous avez juste envie de quelques goulées pour vous désaltérer après une balade au soleil ?

Cela va très loin dans l’imagination, allez-vous me dire. Peut-être, mais à l’heure où j’écris, certains sont en train de réfléchir à des modèles encore plus recherchés ! Ou pire, encore infiniment plus simples mais auquel personne n’a encore pensé où ne s’est donné les moyens de creuser car le marché regorge encore d’opportunités.

Alors, à quand les joies de la colocation et les soucis de la sous-location en matière de noms de domaine ?

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