juil 29
Victime de la mode
En suivant des enchères sur une plateforme de snap hier, j’ai eu l’occasion de revisiter les contours d’une notion qu’on n’évoque peut-être pas assez lorsqu’il est question de valorisation de noms de domaine. Cette notion, c’est ce que j’appellerais la « durabilité » du nom de domaine, à savoir sa propension à traverser les années sans prendre une ride.
Or dans un monde qui évolue à 200 à l’heure et un environnement Internet à 500, il est toujours plus difficile de trouver des noms de domaine – disponibles sur le premier marché ou abordables sur le second – correspondant à des concepts solides et résistants aux effets de mode. Pour peu qu’on soit un adepte du predictive domaining, ça devient carrément compliqué de trouver un équilibre entre les notions qui n’en sont aujourd’hui qu’à l’état de germe mais dont on pense qu’elles feront un carton dans 3/5/10 ans et celles dont on pense qu’elles sont indémodables, mais tomberont inexorablement dans l’oubli au fil des ans.
Un bon exemple de thème indémodable, dont les générations présentes et futures parleront toujours (plus) et qui sera donc toujours générateur de trafic sur Internet : la météo. Qu’il pleuve, neige ou vente, tout est matière à vives discussions sur le temps qu’il fait. D’accord, l’exemple est stéréotypé : y a-t-il seulement un seul jour où nous ne parlons pas de météo avec notre entourage depuis que nous sommes en âge d’avoir une vie sociale (ou pas, pour les plus reclus d’entre vous) ? Par extension, on peut penser qu’il faudra toujours utiliser des thermomètres pour mesurer la température. Certes, l’objet évolue et on est passé du thermomètre à mercure à la démocratisation du thermomètre électronique sans qu’on s’en rende vraiment compte. Mais à terme, qu’est-ce qui peut remplacer le thermomètre ? Sans doute pas grand chose, mais ne sous-estimons pas pour autant l’évolution de la technique et laissons les experts du predictive domaining dénicher avant les autre les noms qui deviendront peut-être les standards de demain. En attendant, la météo, elle, fera nécessairement parler toujours plus de monde, ne serait-ce que pour la simple raison qu’il y a toujours plus de monde sur terre.
Pour en revenir au nom de domaine d’hier, je ne vois aucune raison de ne pas vous le citer puisque les enchères sont terminées : c’est EcranPlat.com. A première vue, c’est un nom tout à fait exquis : court, descriptif, sans équivoque, associé à des volumes de recherche conséquents, correspondant à un produit susceptible d’être acheté sur Internet (et en dehors) et donc logiquement associé à des CPC solides parmi les nombreux annonceurs qu’il intéresse. Bien. Mais à y regarder de près, où en est l’écran plat aujourd’hui ? Il va bien : sans être allé faire de recherches poussées sur le sujet et en me limitant au site de l’INSEE, je pense que plus des trois quarts des foyers français en sont désormais équipés, qu’il soit question d’écrans plats de PC ou de télévision. Là où on parlait de produit de haut de gamme il n’y a encore pas si longtemps de cela, on est désormais face à un produit grand public qui a sa place dans le panier des français moyens. Très bien. Mais dans quel contexte le terme « écran plat » est-il arrivé sur nos lèvres ? Pour nous permettre de distinguer entre le bon viel écran cathodique de notre jeunesse et la nouveauté format feuille de papier que les fabricants nous ont fait miroiter !
Seulement voilà, ceux qui n’auront jamais connu que l’écran plat – les graines d’internautes consommateurs de demain – vont-il devoir recourir à cet artifice linguistique, à l’heure où il n’y a déjà plus que des écrans plats dans les rayons ? Pas si sûr, peut-être qu’ils (re)parleront tout simplement d’écrans, parce qu’il n’auront jamais connu les gros cubes qui encombraient nos bureaux et nos salons.
Ce n’est pas un mal en soi, ni une critique envers ceux qui se sont positionnés sur les enchères d’EcranPlat.com : j’en ai moi-même fait partie et je suis heureux d’avoir du mettre les mains dans le moteur pour mettre en route mon cerveau. Mais imaginons que l’objectif du gagnant de ces enchères soit de revendre ce nom de domaine dans les 5 ans, celui-ci est-il réalisable ? Comme tout le monde le sait (ou fait mine d’ignorer), il est rare de vendre un nom dans les mois qui suivent son acquisition. D’abord parce que la plupart des investisseurs en noms de domaines aiment bien laisser le temps faire son effet bénéfique sur leurs poussins. A moins de jouer les équilibristes et d’avoir déjà un acheteur final au moment même où on se positionne sur les enchères. Mais dans une configuration classique, celui qui a remporté ces enchères – et dans la mesure où son but de faire une plus-value à la revente et non de le développer – se retrouvera probablement confronté à un dilemme ou pris dans un étau : d’un côté, l’adage qui veut que les domaines génériques gagnent en valeur avec le temps; d’un autre, le dépérissement du terme (selon ma vision exposée plus haut. Je peux tout aussi bien me tromper) et la nécessité qui en découlera de vendre rapidement… au risque de ne pas vendre du tout ou de vendre à perte. On parle quand même d’un investissement à plusieurs centaines d’euros.
Quand vous enregistrez ou rachetez un nom de domaine, posez-vous donc la question de la durabilité du terme qui lui est associé. Si c’est un produit, demandez-vous s’il existera encore dans 3, 5 ou 10 ans (voire plus). Si vous êtes dans le brouillard, vous pouvez utiliser des outils comme Google Trends pour vous orienter. Les noms de domaine à effet de mode ne sont pas mauvais pour autant, ils peuvent même être de bons générateurs de trafic à court terme. Il y a aussi des noms qui ont les deux, comme Noel.com : on fêtera toujours Noël dans 50 ans et Noel.com fera toujours plus de trafic en décembre.
Et si vous n’arrivez pas à vous freiner, forcez-vous à pencher du côté des mauvaises langues qui disent que rien de sert d’investir dans les noms de domaine car une nouvelle technologie les aura remplacé d’ici 10 ans grand maximum !
Quand y’en a plus, y’en a encore :
- Bilan 2008 de la perception du .fr
- La valorisation des noms de domaine – l’ancienneté – acte 2
- La valorisation des noms de domaine – trafic
- La valorisation des noms de domaine – potentiel commercial
- La valorisation des noms de domaine – les artifices














29 juillet 2009 à
Et energiefossile.com ca a de l’avenir ?
29 juillet 2009 à
Effectivement.
On a connu ça il y a qq années avec, entre autres, le terme « ordinateur multimédia » (à l’époque où avoir une carte son et/ou un lecteur de CD-ROM était exceptionnel). Il a totalement disparu de la circulation, TOUS les ordinateurs étant aujourd’hui « multimédia ».
« passeport biométrique » n’a également pas beaucoup d’avenir.
Et à mon humble avis « en ligne » aura quasiment disparu d’ici 10 ans.
30 juillet 2009 à
tablet, tablette remplacera peut être écran ?