avr 29
Une tempête dans un verre d’eau ?
Retour aux affaires après quelques jours de vacances…
Il y a plus d’un an déjà, le décret du 6 février 2007 relatif à l’attribution et à la gestion des noms de domaine avait fait couler beaucoup d’encre. Suite à ce petit coup de tonnerre, on réinventait dans les pires scénarios un .FR géré par des méchants étrangers aux dents longues. Les plus réalistes se contentaient de souligner que les arbres ne poussent pas dans le ciel et que l’AFNIC resterait au final seul maître à bord avec des règles du jeu quasiment inchangées. Bien que je pense qu’un vent de fraîcheur ne ferait pas de mal à l’industrie, je suis plutôt de la deuxième école, comme j’ai pu l’expliquer ci ou là.
Mais l’heure n’est plus aux spéculations, elle est à la prise de parole et à l’action. En effet, le Ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi a lancé vendredi dernier une consultation publique sur les modalités de gestion du .FR et des extensions d’outre mer. Le but annoncé : « recueillir l’avis de l’ensemble des acteurs de la communauté Internet afin de contribuer à définir les modalités de gestion des domaines internet concernés par l’article L.45 du code des postes et des télécommunications (CPCE) et par son décret d’application 2007-162 : « .fr », « .gf », « .gp », « .mq », « .re », « .pm », « .wf », « .yt », « .tf », [...] ainsi que les futurs domaines « .bl » (Saint Barthelemy) et « .mf » (Saint Martin) ».
A retenir donc : tout le monde peut répondre à cette consultation. C’est important. Mais répondre à quoi, au juste ? A une série de 25 questions sur les règles de gestion des extensions précédemment citées, dont fait partie le .FR (sans vouloir dévaluer les autres extensions). Des exemples :
- Quels sont, selon vous, les facteurs d’attractivité du « .fr » par rapport aux autres domaines internet de premier niveau (notamment le nouveau domaine «.eu » ou les domaines génériques « .com », «.org », etc.) ? Quels sont au contraire les facteurs limitant son intérêt ?
- Quels seraient les avantages et les inconvénients à étendre les critères d’éligibilité du « .fr » au-delà des seuls acteurs établis en France, notamment aux acteurs européens ?
- Quels avantages ou inconvénients voyez-vous à l’introduction d’autres extensions correspondant à des sous-parties du territoire métropolitain (« .bzh », « .paris », etc.) ?
Tout un programme ! Le formulaire PDF complet est téléchargeable ici.
Une fois les réponses recueillies (date limite de retour du formulaire : le 24 juin 2008), sera rendu publique « la synthèse des résultats de cette consultation et les premières orientations qu’il retient pour la mise en œuvre du décret 2007-162« . Viendra ensuite la fameuse phase des appels à candidatures pour le rôle de registre et le vrai-faux suspense sur l’issue de l’histoire.
Car ne nous y trompons pas, il n’y aura pas de révolution sur la planète noms de domaine. Toutefois, je pense qu’il est important qu’un maximum d’acteurs de l’Internet – du sommet au pied de la chaîne de valeur – profitent du droit de parole qui leur est donné pour faire entendre leur voix. Je pense aux registrars, aux professionnels du second marché, aux spécialistes de la publicité en ligne et aux internautes en général.
Pourquoi ? Tout d’abord car il s’agit d’un sujet d’intérêt public. Au niveau de la politique tarifaire par exemple, une différence de quelques euros dans le « prix de gros » (le prix auquel le registre revend un .fr aux prestataires ou registrars, que ces derniers majorent ensuite pour dégager leur marge) peut avoir des conséquences notoires en termes d’accessibilité. Ensuite, parce les absents ont toujours tort et que si un ou deux formulaires seulement finissaient sur le bureau du Ministre, ceux-ci pourraient peser bien plus qu’on ne le croît. Enfin, parce qu’il y a un réel enjeu et que dans un marché encore relativement marginal, les forces pourraient tendre à être inégales. Car il y a ceux qui savent de quoi il en retourne et ceux qui le savent moins.
On peut ainsi imaginer que l’AFNIC a déjà mis en place – et c’est bien légitime – une petite campagne de lobbying dans le milieu « gouvernant ». Tout laisse également à penser que la communauté juridique « old school », celle qui pense « qu’il existe des règles pour régler les litiges en matière de noms de domaine depuis la nuit des temps« , va elle aussi former une coalition pour s’assurer des années paisibles avant une retraite bien méritée. Les registrars spécialisés dans les problématiques de protection de marques y mettront également probablement leur grain de sel : ils sont clairement dans une conjoncture qui leur est favorable car on parle souvent plus d’eux que des noms de domaine en eux-même, au final. Les webmasters, s’il se prononcent en nombre suffisamment représentatif, devraient surtout pousser sur l’aspect tarifaire car sans qu’il s’en rendent toujours compte, les noms de domaine sont leurs fonds de commerce (ils vous diront que ce sont leurs sites, mais il leur faut bien des domaines pour tourner). Et puis il y a les domaineurs français ou francophones, qui après avoir œuvré dans leur coin (dans l’ombre ?) des années durant, aiment à se retrouver ensemble depuis quelques mois.
Et je crois que cette dernière communauté devrait avoir matière à s’exprimer sur la question, dans la mesure où elle est au cœur même du système depuis des années. Il est une formule que j’utilise fréquemment : le second marché offre une vue imprenable sur le premier. Si les domaineurs professionnels ont tous un côté visionnaire, certains d’entre eux ont en plus une lecture ultra-perspicace du monde de l’Internet. Mais n’ont pas toujours eu l’occasion de la mettre à contribution jusque-là car soit on ne leur a pas demandé leur avis, soit il n’avaient nulle part où s’exprimer, soit ils ont même été marginalisés. Il n’est pas question d’envoyer au Ministre des histoires ronflantes à la Rick Schwarz, il est question d’exprimer sa vision du nom de domaine. En l’occurrence, un actif dont la valeur dépasse infiniment celle d’une ligne dans une base de données d’un registre.
C’est l’ensemble de l’espace de nommage français qui a tout à gagner dans cette histoire, alors à vos stylos/à vos claviers – et souhaitons que nos formulaires s’empilent sur les bureaux de la rue Villiot !
Quand y’en a plus, y’en a encore :
- Le boulanger qui ne mangeait pas de son pain
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