Des noms de domaine qui ont du goût

Signe que de banals gestes du quotidien sont parfois source d’inspiration, c’est en allant nonchalamment me faire un café que m’est venue l’idée de ce billet. Non pas que le ronronnement de la cafetière m’ait subitement plongé dans un profond état d’inspiration, mais parce que l’évidence s’est tout bonnement retrouvée sous mes yeux. Juste là, à côté de la machine à café, un petit sac… pardon, un cornet, comme on dit en Suisse. Dans ce cornet, du sucre. Pas du sucre en poudre, du sucre en morceaux. Des morceaux joliment emballés dans des sachets individuels, comme ceux qui accompagnent souvent le petit noir qu’on nous sert au café du coin.

Pour tout vous dire, je prends habituellement mon café sans sucre. Mais cette fois-ci, mon œil est irrésistiblement attiré par le florilège de couleurs qui s’échappe de ce sac plastique. A peine le temps d’y penser que l’information est déjà passée de l’œil au cerveau et du cerveau à ma main, déjà plongée au fond du sac pour en ressortir l’objet de ma curiosité. « eausucrée », puis-je lire sur le devant de l’emballage du premier morceau saisi, « pinceàsucre » sur le second, « fleurdesucre » sur le troisième. Jusqu’à ce que le revers de l’emballage capte définitivement mon attention :

sucre.ch, le nom de domaine avec des morceaux de sucre dedans

xxx

zucker/sucre/zucchero
aarberg

www.zucker.ch
www.sucre.ch

Chapeau l’artiste ! Il ne manque que zucchero.ch pour le hat trick parfait ! Sugar.ch n’eut pas été de refus non plus : même si l’anglais ne compte pas parmi les langues officielles de la Suisse, c’est une langue souvent retenue pour son universalité par les éditeurs de sites locaux.

De retour à mon poste, me voici parti aux trousses des sites web incriminés avec pour seule arme la barre d’adresse de mon navigateur. Arme fatale, quoi qu’on en dise. La navigation directe a cet énorme avantage de ne pas détourner l’internaute de son chemin, ni ne souffre d’éventuelles interférences crées par l’environnement, comme c’est souvent le cas sur les moteurs de recherche. Avec un nom aussi représentatif et accrocheur que sucre.ch, aucun risque que ma mémoire m’ait fait défaut sur les 30 mètres qui séparent la cuisine de mon poste de travail. J’aurais pu tenir des semaines, voire des mois avant de finir par saisir le nom de domaine dans un navigateur; il aurait toujours tenu sa place dans un coin ma tête.

Et vient l’instant du levé de rideau. Face à l’écran, je découvre à ma petite surprise que sucre.ch et zucker.ch ne sont pas la propriété, comme je m’y attendais, d’un Syndicat des Producteurs de Sucre Suisses ou d’un organisme similaire (Cf le CEDUS en France, qui communique d’ailleurs sur LeSucre.com alors même qu’il détient le category killer sucre.fr). Mais pour en revenir à sucre.ch, il s’agit bien de la propriété d’un acteur privé, les Sucreries Aarberg et Frauenfeld SA. Un acteur qui sait de toute évidence parler à ses visiteurs avec des noms de domaine savamment choisis, et leur propose sur sucre.ch de s’orienter vers :

  • sucre.ch, le site officiel des sucreries Aarberg et Frauenfeld SA
  • sucrisse.ch, la manière moderne de sucrer
  • SucreSuisse.ch, la plate-forme d’information du sucre suisse

Et la sucrerie suisse-allemande de nous servir le même menu dans la langue de Goethe : zucker.ch/sucrisse.ch/SchweizerZucker.ch. Exquis…

Quant à la fameuse « carte manquante », zucchero.ch, je découvre qu’elle ne manque pas de goût elle aussi. Mieux, elle complète en quelque sorte de la meilleure des façons ce succulent menu de noms de domaine. On y trouve la boutique en ligne d’un prestataire tessinois spécialisé dans la publicité sur sachets de sucre. Peut-être est-ce d’ailleurs ce même publicitaire qui a conseillé les Sucreries Aarberg et Frauenfeld dans le choix de leur campagne ?

Mon périple terminé et ma curiosité satisfaite, je me prends à déballer mon morceau de sucre et à en agrémenter mon café, qui lui aussi avait peut-être raté quelque chose pendant tout ce temps où je l’avais bu sans saccharose.

Quelques mois plus tôt, nous vendions sucre.com. Durant la phase de prospection d’acheteurs, j’avais vu sucre.ch sans vraiment le regarder. Qui eut cru que plus tard, un morceau de leur histoire se retrouverait dans ma tasse ?

Quand les noms de domaine sont délicieux, la gourmandise n’est un plus un vilain défaut.

PS : j’en profite pour vous rappeller que vos photos sont toujours les bienvenues pour agrémenter la rubrique photodomaines du blog !

Le nom de domaine celibataire.com aux enchères sur Sedo

Le nom de domaine celibataire.com est aux enchères sur Sedo jusqu’à dimanche.

Celibataire.com, c’est :

  • l’un des tous meilleurs termes descriptifs en français sur la thématique « rencontres »;
  • un prix de réserve des plus raisonnables pour un nom de domaine premium;
  • un fort potentiel de branding grâce au côté accrocheur et sans équivoque du nom;
  • un rayonnement qui va bien au-delà des frontières françaises, et s’étend à la francophonie entière;
  • un terme associé à l‘extension-reine, le .COM. Un gage de qualité, de sérieux et de durabilité;
  • un nom initialement déposé en 1997 et qui a fêté ses 12 ans le 14 juillet dernier. Comme une bonne bouteille conservée à la cave et qui attend sagement la meilleure occasion d’être débouchée;
  • près de 500 visiteurs ciblés par mois et des taux de conversion déjà conséquents sans efforts de développement particuliers. Des visiteurs qui saisissent naturellement « celibataire.com » dans leur navigateur et qui sont donc dans une démarche de recherche avancée, voire de pré-consommation. Soit autant de visiteurs pré-convertis pour l’acquéreur;
  • une occasion unique : dimanche à 20h40 (voire un peu plus tard si prolongations dues à de probables offres de dernière minute), le nom de domaine aura trouvé preneur et ne sera vraisemblablement plus jamais remis sur le marché car développé par un utilisateur final

birds flying highA la manière d’un emplacement de premier choix sur une prestigieuse avenue commerçante, le nom de domaine celibataire.com offrira pignon sur rue à tout acteur souhaitant s’implanter ou consolider sa position sur le marché porteur des rencontres. Un choix stratégique judicieux pour un spécialiste des rencontres en ligne, mais aussi un formidable relais de croissance pour une agence matrimoniale ambitieuse.

Le célibat, l’amour et les rencontres sont autant de thèmes universels qui concernent toutes les couches de population et les tranches d’âges dès l’adolescence. La thématique n’est donc pas sujette à des effets de mode. Si les agences matrimoniales trustaient logiquement la plus grande part du marché des rencontres avant l’avènement et la démocratisation d’Internet, la donne a  radicalement changé ces dernières années. L’évolution des technologies – mais aussi et surtout des mentalités – a fait du Web le terrain de rencontre privilégié des célibataires. Pour augmenter leurs chances de rencontrer l’âme sœur, les célibataires n’hésitent pas à mettre la main au portefeuille. D’autant plus qu’avec la pléthore de sites et d’abonnés, il devient de plus en plus difficile de trouver la perle rare. Les services premium payants sont donc pour eux un excellent moyen d’affiner leur recherche et de n’être mis en relation qu’avec des personnes dont les profils correspondent à leurs critères de sélection, et donc à leurs affinités. Si les sites de rencontres sur Internet ont indiscutablement le vent en poupe, on peut penser que les agences matrimoniales traditionnelles ne sont pas enterrées pour autant. Avant tout car elles proposent un réel service d’accompagnement  personnalisé dans la démarche de recherche de l’âme sœur, contrairement aux sites de rencontres en ligne où l’on peut avoir l’impression d’être livré à soi-même. De la capacité de ces agences à s’adapter à cette nouvelle donne en utilisant Internet comme levier de croissance peut dépendre leur survie.

Dans cet environnement ultra-dynamique et concurrentiel,  il est vital pour tous les acteurs d’utiliser et de maîtriser l’intégralité du spectre des outils de communication sur Internet – dont le nom de domaine, pilier de toute communication online. A ce niveau, une erreur de casting peut coûter cher et des dizaines de nouveaux sites se noient dans la masse pour avoir négligé le choix de leur « cyberenseigne ». Parallèlement, d’autres savent se démarquer en choisissant des noms de domaines forts et accrocheurs à titre d’enseigne principale ou pour des sites satellites.

Pour les uns comme pour les autres, celibataire.com est un formidable actif qui, associé à une utilisation judicieuse, leur permettra de toucher leur cible au plus juste. Le tout pour un investissement marketing modéré puisqu’un tel nom saura, grâce à l’harmonieuse combinaison de sa généricité et de sa consonance positive, passer rapidement et durablement dans les mentalités jusqu’à devenir une référence du secteur.

Si vous souhaitez davantage de renseignements sur ce nom de domaine, n’hésitez pas à me contacter ! Si vous avez des questions sur le processus d’enchères, vous pouvez très volontiers vous adresser à Sedo.

Bonne chance à tous les participants !

« Faire des rencontres sur Internet n’est plus un tabou aujourd’hui, c’est un moyen simple et naturel d’ouvrir son cercle de connaissances » Marc Simoncini, PDG de Meetic (source : Meetic.fr)

*

*

Source image

del.icio.us : un domaine au goût indigeste

Le célèbre site de social bookmarking del.icio.us – propriété de Yahoo – a annoncé hier sur son blog qu’il venait de conclure l’acquisition du nom de domaine delicious.com.

Nul besoin de chercher bien loin les raisons de ce rebranding : avec une URL comme http://del.icio.us pour enseigne, difficile de passer la seconde pour l’un des services les plus appréciés du Web et considéré comme l’un des précurseurs de l’ère 2.0. Si le nom de domaine « jeu de mots » pouvait encore faire sourire à l’époque où le fondateur Joshua Schachter l’avait choisi pour son nouveau poulain, il n’était sans doute aujourd’hui plus concevable pour Delicious de continuer à accumuler les soucis de mémorisation et de déviation de trafic.

La voix de la raison l’a donc emporté, même si la note a du être salée compte tenu de la notoriété du site. Le prix d’achat du nom de domaine n’a pas été communiqué, mais le titulaire du nom de domaine générique delicious.com devait attendre patiemment son heure depuis quelques temps déjà.

Au delà du cas d’espèce, del.icio.us avait été le déclencheur d’une mode des domain hacks parmi les domaineurs et plus généralement les webmasters. Mais aucune enseigne notoire n’ayant véritablement mordu à l’hameçon, le phénomène a crée plus de dégâts qu’ils n’a crée de vocations. Résultat, ce feu de paille spéculatif a virtuellement tiré la valeur des domain hacks vers le bas.

Rappelons qu’un domain hack est un nom de domaine qui, associé à son extension, forme un mot ou un ensemble de mots. Certaines extensions se prêtent davantage à la technique que d’autres. Le .be, par exemple, peut à la fois être utilisé pour former des termes se terminant par « be » dans la langue francaise (her.be, dau.be, four.be…) et pour reprendre le verbe être « to be » en anglais (let-it.be, might.be, 2beornot2.be). Le .fr, au contraire, n’offre à ma connaissance aucune réelle possibilité.

Mon activité quotidienne me fait fréquemment croiser le chemin de domain hacks. Mais au final, peu marquent mon esprit, preuve qu’un domain hack est davantage enclin à satisfaire un désir de fantaisie qu’il ne constitue un choix judicieux. Le seul spécimen qui ait vraiment retenu mon attention en 5 ans est un peu particulier et devrait faire sourire (ou pas) les spécialistes de la propriété industrielle qui me lisent : biscuit.lu.

Peut-être aurez-vous plus d’exemples à partager en commentaires ? Et pour ceux qui seraient en manque d’inspiration, certains ont pensé à tout.

Sedo discusses domain management

Voici une interview video donnée pour vnunet.com par Nora Nanayakkara, Directrice des Ventes de la filiale de Sedo au Royaume-Uni.

Les quelques 10 minutes de video couvrent un large éventail de thèmes basiques mais éducatifs, entre autres :

  • business model des plateformes d’achat-vente
  • différence fondamentale entre domaining et cybersquatting
  • domaines génériques et navigation directe
  • potentiel commercial et publicitaire des domaines génériques
  • essoufflement du premier marché et recours toujours plus fréquent au second
  • aspects juridiques et responsabilité des intermédiaires
  • perception et utilisation des domaines par le grand public
  • multiplication et croissance des ccTLDs face aux gTLDs

J’oubliais : l’interview est en anglais. Bon visionnage !

La fraude sur le second marché des noms de domaine – 2ème partie : le parking

Comme promis, voici le deuxième volet de mon topo sur les phénomènes de fraude affectant le second marché des noms de domaine. Après un premier billet sur celles qui touchent à l’achat-vente, intéressons-nous désormais au parking de noms de domaine. Là encore, il y a de quoi faire et surtout – nous allons le voir – les enjeux dépassent largement le cadre du second marché.

Pour schématiser, les techniques de fraude répertoriées sur le segment du parking ciblent essentiellement les 3 indicateurs clés du modèle : trafic, clics, et revenu par clic. Les 3 métriques restantes – à savoir le taux de clic (CTR), le RPM et le revenu – ne sont finalement que des « conséquences » des 3 premiers leviers évoquées. Passons-les donc en revue un par un et voyons les techniques de fraude les plus courantes.

La fraude sur le trafic des noms de domaine

Le trafic est sans doute le levier préféré des malfaiteurs. Et pour cause, il est au sommet de la chaîne de monétisation et on sait que plus le trafic affluant sur un nom de domaine sera important, plus les probabilités d’en tirer un bénéfice tout aussi important seront grandes. Partant de là, deux possibilités : soit ne tricher que sur le trafic et laisser la nature faire le reste, soit tricher en aval sur les clics voire le revenu par clic pour démultiplier l’effet. Heureusement, ceux qui s’en tiennent à la première possibilité s’en remettent au destin. Car envoyer plus de trafic sur un nom de domaine ne signifie pas nécessairement que la conversion va suivre. Or lorsqu’on est sur un modèle comme le parking qui rémunère le client au clic et non au poids de trafic, la conversion est essentielle à la mise en place d’un système de fraude fonctionnel.

Cela reste la première technique qui vient à l’esprit et donc la plus utilisée : la redirection/l’agrégation de trafic. Le principe est simple et consiste à utiliser comme « pompe à trafic » tout nom de domaine pouvant faire l’affaire. Mais alors, me direz-vous, pourquoi ne pas parquer directement ces domaines à trafic au lieu de se compliquer la vie avec un système de pompe à trafic ? Les raisons sont diverses et souvent propres à la psychologie du fraudeur elle-même : essentiellement pour dissimuler. On voit ainsi certains cas où des personnes redirigent un nom de domaine typosquattés vers un domaine générique en pensant que la méthode, en plus de leur apporter du trafic, les protège d’éventuels ennuis juridiques. Grave erreur. Car d’une part cette technique ne protège de rien sur ce dernier point, et d’autre part, certains fournisseurs de liens publicitaires comme Google se montrent de plus en plus intransigeants sur la répression de ces méthodes, et n’hésitent pas à bloquer purement et simplement le flux publicitaire sur le domaine cible, et à blacklister celui-ci dans leur index. Bonne chance à ceux qui veulent développer un site derrière…

Certains fraudeurs jouent également sur des sources de trafic moins directes pour générer du trafic. La méthode se résume à inscrire son nom de domaine parqué sur toutes sortes de sites présumés à fort trafic comme des annuaires et des forums. Les moins scrupuleux vont jusqu’à s’adonner à la technique du spam en envoyant des milliers d’e-mails non-sollicités contenant un lien vers leur page parking.

Voici pour les méthodes « directes ». Mais contrôlés par des humains malicieux, les robots font également du très bon travail. Et connaissent moins de limites. Certains utilisent donc des scripts de génération de trafic visant à alimenter leurs domaines parqués.

Deux techniques extrêmes pour finir. Premièrement, faire de la publicité pour son nom de domaine en parking… quitte à payer si le jeu en vaut la chandelle. Appliqué au système Google Adwords ou Yahoo! Search Marketing, cela s’appelle l’arbitrage, et c’est une méthode prohibée. Et deuxièmement, la jouer old school et demander à ses amis de se rendre sur la page… et de cliquer tant qu’à faire, ce qui m’amène à la deuxième partie de mon anaylse.

La fraude sur les clics comptabilisés sur noms de domaine parqués

Cliquer plus pour gagner plus, une des règles d’or des « fakers ». Avec trois alternatives : cliquer soi-même, faire cliquer quelqu’un d’autre et enfin faire cliquer quelque chose.

Les cas de « self-click » restent assez isolés, avant tout car il s’agit d’une méthode peu discrète et que beaucoup se doutent que leur adresse IP est tracée et enregistrée par les prestataires parking. D’autre part, cette méthode est plutôt utilisée par les amateurs qui ne gonflent pas le trafic en amont. Schéma courant : domaine de piètre qualité à la base, peu de vues, beaucoup (trop) de clics. Bref, flagrant. Mais pas innocent pour autant.

La méthode du « click incentive » (faire cliquer une ou plusieurs personnes) comporte deux ramifications : l’invitation non-sollicitée au clic et les réseaux de clics (cliqueurs) organisés. La première revient, comme je l’expliquais plus haut, à faire croire à un visiteur qu’un lien donné renvoie vers un contenu pertinent alors qu’il s’agit réalité d’une page parking. Certains se révèlent prosaïquement plus doués que d’autres pour augmenter les chances que le visiteur clique. D’autres font dans le grand art et n’hésitent pas à demander ouvertement aux visiteurs à cliquer sur l’un des liens qui apparaîtra sur la page qu’ils s’apprêtent à consulter. Les plus farfelus font même miroiter une rémunération.

Les réseaux de clics organisés sont les plus dangereux et les plus difficiles à détecter, car ils reposent souvent sur de véritables organisations de malfaiteurs. Egalement appelés « usines à clics » dans le jargon des prestataires parking, ils sont notamment très répandus dans les pays en voie de développement à très faibles coûts de main-d’œuvre. La méthode, très malicieuse, consiste à employer une armée de cliqueurs et à leur fournir une liste de sites à visiter. L’effet de masse et la technique de rotation font le reste. Deux particularités de ce système : les fraudeurs sont souvent organisés en « faker rings » (cercles de fraudeurs) et on trouve à force de creuser des similarités étonnantes entre un groupe de domaines au comportement douteux… toutefois placés sous des comptes différents. Poussant la ruse jusqu’au bout, ces malfaiteurs prennent le soin d’étudier avec la plus grande précision les modes de surveillance automatiques et humains des prestataires parking, et jouent avec leurs seuils de contrôle pour ne pas attirer l’attention. Schéma classique : 50 comptes différents manifestement administrés par la même entité et limités à X EUR par mois (X se situant juste en dessous du seuil de vérification humaine instauré en interne par le prestataire). Et pour ne rien arranger, ces groupuscules sont également très doués pour tricher sur les revenus par clic. Explications dans le troisième et dernier point.

La fraude sur le revenu par clic des noms de domaine parqués

Tricher sur le revenu par clic (EPC) reste la technique la plus difficile. Pourquoi ? Avant tout parce que le marché du PPC est un marché ultra-dynamique sur lequel ce qui est vrai aujourd’hui ne l’est souvent plus – ou tout du moins plus autant – le lendemain. Qui peut prédire la rémunération sur un clic associé au mot-clé « assurance automobile » à des instants T, T+1 et T+x ? Personne, pas même les experts. Mais il existe toutefois certaines constantes, c’est à dire des secteurs plus rémunérateurs que d’autres. Et nul besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour deviner lesquels.

La seconde raison de la difficulté de cette méthode est directement liée au marché des noms de domaine en lui-même. Le système de « smart pricing » de Google, par exemple, ne calcule pas seulement le taux de rémunération d’un clic à partir des caractéristiques du clic en lui-même (provenance géographique, heure etc), mais également sur les caractéristiques du nom de domaine associé. Quelles caractéristiques ? A priori celles qui font la qualité d’un nom de domaine. Or la plupart des domaines de qualité étant déjà pris, toute la difficulté pour les fakers réside dans le fait de trouver des domaines libres (on ne peut pas se permettre la moindre dépense excessive) et donc de mauvaise qualité sur lesquels faire opérer un tant soit peu la magie du « smart pricing« . La plupart s’y cassent heureusement les dents et se contentent d’empiler des domaines médiocres. Exemple le plus flagrant : un compte contenant 20 domaines, tous déclinés sur le modèle RealEstateProperties-nombre.com (RealEstateProperties-123.com, RealEstateProperties-456.com, RealEstateProperties-789.com). Je m’arrêterai là pour les détails concernant la fraude sur les mots-clés/l’EPC, et rappellerai pour terminer que le simple fait d’associer un mot-clé non pertinent à un nom de domaine relève de la tricherie (exemple : fixer le mot-clé « banque en ligne » pour son domaine acrobaties.be)

Les enjeux de la fraude au clic

Autant la fraude sur les plateformes d’achat-vente de noms de domaine garde des effets relativement limités car ne dépassant pas ou rarement le cadre du marché des noms de domaine, autant la fraude sur le parking a des conséquences beaucoup plus dévastatrices qu’il n’y paraît en ce sens qu’elle se répercute sur l’ensemble de la chaîne de valeur du marché de la publicité en ligne.

Pour l’annonceur tout d’abord, c’est un fléau qui se paye comptant. Si les budgets sont absorbés par la fraude, où est l’intérêt du système ? Signeriez-vous un contrat de réclame publicitaire télévisée à plusieurs dizaines de milliers d’euros si vous saviez qu’à l’heure de votre spot, tous les téléspectateurs étaient masqués ? Car ce qui intéresse les annonceurs, ce sont les taux de conversion. Les fraudeurs visitent, cliquent ou font cliquer sur les liens… mais n’achètent rien. Or là où les les coûts de la fraude au clic annoncés deviennent de plus en plus préoccupants, la méfiance des annonceurs monte. Conséquences : une réticence à annoncer et une pression sur les intermédiaires pour que l’avancée de la fraude soit enrayée. Pour pimenter la chose, les annonceurs vont souvent jusqu’à souligner que les régies profitent elles-mêmes du système, voire le favorisent.

Pour les fournisseurs de liens publicitaires comme Google ou Yahoo, la fraude au clic représente un danger majeur en ce sens qu’elle impacte négativement, comme nous l’avons vu plus haut, la confiance des annonceurs dans leurs services respectifs et bien au delà, dans le système entier. Ces acteurs jouent donc sur trois tableaux majeurs pour faire front : la répression, la prévention et la communication. Un exemple de répression : le bannissement progressif et radical des adeptes du MFA. Les exemples de prévention relèvent de l’amélioration des processus internes. Mais c’est surtout sur la communication que les plus gros efforts se concentrent, avec des mesures plus ou moins « poudre au yeux » visant à monter qu’on cherche à améliorer la (fameuse) transparence du marché.

Pour les prestataires parking comme Sedo ou DomainSponsor, la fraude au clic représente un double problème : structurel tout d’abord avec des effets néfastes sur les revenus parking et les coûts de surveillance. Et sous-jacent ensuite avec une détérioration à long terme de la relation avec le partenaire fournisseur de liens publicitaires et les clients. Sans compter l’amalgame qui est fait au niveau du grand public et des annonceurs entre le parking, le cybersquatting et la fraude au clic en elle-même qui n’est pas née du parking.

Pour les visiteurs, les problématiques de fraude au clic qui leur viennent à l’oreille ne font que renforcer un peu plus l’idée que la publicité sur internet en général n’est qu’une coquille vide se résumant à des pages et des pages de pollution du Net.

Les domaineurs, enfin, se retrouvent à long terme pénalisés par les agissements frauduleux de leurs semblables puisque la fraude vient directement plomber la relation prestataire parking/fournisseur de liens publicitaire et donc les taux de rémunération. Sans compter l’impact sur l’image de l’activité de domaineur, qui se retrouve entachée par ces moutons noirs.

La conclusion est donc en un sens identique à celle de mon premier billet sur les phénomènes de fraude touchant les places de marché d’achat-vente de domaines : il est indispensable pour les intermédiaires de se focaliser sur le triptyque responsabilisation/prévention/répression. Les enjeux sont tellement vastes qu’ils sont loin de se limiter au marché-niche qu’est celui des noms de domaine. Il est question de la pérennité du modèle entier de la publicité en ligne. Partant de là, tous les acteurs de la chaîne de valeur doivent se responsabiliser et voir plus loin que le bout de leur nez. Ne pas penser qu' »un clic de rien du tout ne fera de mal à personne« . Car les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Le boulanger qui ne mangeait pas de son pain

Google vient de prendre une bien curieuse mesure en proposant aux annonceurs de son réseau une possibilité d’opt-out pour le listing sur les pages parking de son réseau de partenaires.

Non pas qu’il était auparavant impossible pour un annonceur de ne pas apparaître sur ces pages, mais la méthode était sensiblement différente : il lui fallait choisir de ne pas souscrire au mode « contenu » proposé par Google (par opposition au mode « recherche« ). Or se priver du réseau « contenu » ne se limite pas seulement à la satisfaction de ne pas apparaître sur les pages parking, mais revient inévitablement à se priver d’autres vecteurs de conversion efficaces (je souligne « autres » car les pages parking sont un vecteur de conversion efficace, Cf. plus bas). Pire, comme certains prestataires parking intègrent des moteurs de recherche à leurs templates, il fallait également – dans l’idéal – qu’un annonceur ne souhaitant VRAIMENT PAS apparaître sur une page parking renonce également au mode « recherche ». Autant se couper les jambes et essayer d’aller faire un bon footing.

Pour se « désabonner » des pages parking, il suffit désormais aux annonceurs de passer par leur menu “Site and Category Exclusion” mis à disposition sous leur compte. En plus de l’opt-out pour les pages parking, ils peuvent également appliquer la même restriction aux pages d’erreurs, aux forums, aux sites communautaires ou aux sites de partage d’images et de vidéos. Pour le coup, certains de ces sites sont réputés pour leur taux de conversion assez bas.

Cette décision a bien entendu rapidement provoqué la surprise voire l’inquiétude des domainers. Pourquoi ? Compte tenu de l’étiquette peu glamour que certains s’appliquent à coller au parking, les annonceurs les moins avertis pourraient être fortement tentés de suivre le troupeau. Or dans un scénario catastrophe où cette option d’opt-out serait allègrement utilisée, les pages parking se videraient peu à peu et les portefeuilles des domainers (et des autres, jusqu’à celles des registrars) avec. Heureusement, les annonceurs les plus avisés – qui connaissent les taux de conversion performants offerts par la navigation directe et donc les pages parking – passeront leur chemin.

Lire la suite

Les noms de domaine et la navigation directe

On le sait, la recherche sur Internet s’articule essentiellement autour de moteurs tels que Google, Yahoo ou Bing. Mais il existe un autre mode de recherche souvent sous-estimé et aux vertus pourtant nombreuses : la navigation directe. Cette technique consiste à saisir directement un nom de domaine dans son navigateur dans l’espoir d’arriver à un résultat plus rapide mais surtout plus ciblé et plus épuré. Exemple : je suis à la recherche de cirques en France, je tape directement cirque.fr dans mon browser.

Or les entreprises s’adaptent peu à peu à ce mode de recherche alternatif des internautes en acquérant des noms de domaine génériques propres à générer un trafic naturel et ciblé. Exemple, je suis le cirque « Lambda Circus »; au lieu de dépenser l’intégralité du budget pub online de la société en achat de liens sponsorisés sur les moteurs de recherche (de type Google Adwords), j’investis dans l’acquisition du nom de domaine cirque.fr et m’offre ainsi un avantage concurrentiel certain à long terme.

La suite des explications dans un article sur la navigation directe rédigé pour Sedo.fr.