mai 12

Si j’étais domaineur…

Catégorie : GénéralRémy @

Si j’étais domaineur, j’aurais mon bureau perché dans les arbres en pleine campagne et déposerais des domaines au gré de mes envies. Je consacrerais une heure par jour à la lecture des dernières actualités, sans oublier de noter dans mon calepin magique tout ce qui pourrait être source d’inspiration.

Si j’étais domaineur, je tiendrais un blog, un forum ou un site d’information pour partager mes expériences et faire vivre l’esprit de communauté.

Mon mot d’ordre serait la diversification. Mon portefeuille serait varié dans son ensemble, mais marqué d’une touche personnelle. Des IDN peut-être, ou plus de .fr que de raison.

Si j’étais domaineur, mon bloc-notes m’accompagnerait partout : dans la rue, au supermarché, au stade. J’y noterais toutes les tendances. Avec un peu d’entraînement, mon cerveau deviendrait mon bloc-notes virtuel, ce qui me permettrait de ne plus passer pour un imbécile dans la rue avec mon calepin.

Si j’étais domaineur, j’exercerais une activité parallèle pour m’assurer un revenu stable. Mais une activité pas trop prenante non plus pour garder du temps pour ma passion et mes proches. Je pourrais partir au travail sans excès de pression, car j’aurais un repli en cas de pépin. Je n’en oublierais pas pour autant la valeur du travail. D’ailleurs, je serais un domaineur-travailleur qui s’efforce de rationaliser et d’optimiser au maximum sa démarche.

Si j’étais domaineur, j’arrêterais de travailler à 50 ans et me consacrerais à des projets de placement alternatif pour diversifier mon capital. Je penserai alors à mes premiers mois difficiles de domaineur, à l’époque où je mangeais des pâtes pour m’acheter mon premier .com générique de premier choix sur Sedo. Je penserai aussi à tous les domaines médiocres déposés dans un élan d’optimiste ou après une soirée trop arrosée. Je me dirais que si le .tk était gratuit à l’époque, c’est qu’il y avait une raison. Je me souviendrais comme j’étais vexé lorsque on me donnait une évaluation déprimante sur les forums pour l’un de mes domaines, alors que j’avais moi-même tendu le bâton pour me faire battre et que tous ces gens ne voulaient que mon bien.

Si j’étais domaineur, j’offrirais des fleurs à ma femme au moins une fois par semaine. Je lui apporterais le déjeuner au lit le dimanche après avoir passé deux heures à consulter ma boîte e-mail pleine à craquer et répondu aux dizaines d’offres quotidiennes sur mes domaines.

Si j’étais domaineur, j’en parlerais librement dans ma famille et convaincrais les plus réticents qu’investir est une vertu, et que l’argent n’est pas sale. Je protègerais mes 3 meilleurs domaines comme la prunelle de mes yeux pour mes enfants. Je lutterais contre les stéréotypes du domaineur-cybersquatteur et du domaineur-chanceux. A 80 ans, ma mère n’aurait toujours pas compris ce que fais et après tout, c’est peut être mieux comme ça.

Si j’étais domaineur, j’apprendrais les bases de la programmation pour gérer moi-même le strict minimum en termes de développement, et ferai jouer mes contacts et les échanges de bons procédés pour faire développer certaines pépites. Excel, Front Page et Dreamweaver n’auraient plus de secret pour moi.

Si j’étais domaineur, je m’inscrirais au concours de plus gros mangeur de pâtes-minutes du monde. Le livreur de pizza serait un bon pote et j’aurais une carte gold au café du coin. Toutes les trouvailles qui pourraient me faire gagner du temps seraient les bienvenues : rasoir-USB, Nabaztag programmé pour la lecture de mes stats parking de la veille, PC avec plaque de cuisson et grille-pain intégrés.

Si j’étais domaineur, j’aurais sûrement fait au moins une fois l’erreur de croire à l’argent facile et aurais déposé quelques typos de marques déposées, pour voir. Mes yeux se seraient brièvement éclairés à la vue des premières stats parking mais après quelques nuits d’insomnies et la première mise en demeure posée par ma femme sur mon bureau, j’aurais résilié ces domaines pour me concentrer sur la qualité et juré de ne plus jamais y toucher. Pour une fois, j’aurais tenu ma promesse. J’aurais même mis icimarques.com dans mes favoris et lu Légalis et le blog de Cédric Manara de temps à autres.

Si j’étais domaineur, je suivrais la bourse de près et m’inspirerais de ses mécanismes pour constituer mon portefeuille. J’irais également bachoter les classiques des secteurs de l’immobilier et du jeu. Après avoir cru un temps que le cash flow était une variante funky du jeu de cache-cache, j’aurais fait mes gammes en économie.

Je ferais du parking pour monétiser le trafic naturel des noms de domaine que je n’aurais pas le temps ou le loisir de développer, c’est à dire plus des 3/4 de mes actifs. Suffisamment de parking pour disposer d’un statut “pro” chez les prestataires les plus renommés. Et pour avoir un account manager personnel qui m’expliquerait les tendances du présent et, avec un peu de chance, me brieferait sur celles du futur. Je lui enverrais des fleurs aussi. Pas aussi souvent qu’à ma femme, mais quand même. Je me prendrais sûrement à déverser ma haine sur lui et à vouloir lui faire porter tous les malheurs du monde. Après tout, je paye indirectement son salaire et peu importe s’il finance indirectement ma retraite.

Si j’étais domaineur, je me ferais traiter de vautour sur les forums généralistes et ça aurait le don de m’énerver, voire de me décourager les soirs de déprime. Mais je n’en tiendrais pas rigueur aux auteurs des post et resterais toujours correct. Je me souviendrais que le marché a toujours raison.

Si j’étais domaineur, je rencontrerais mes semblables de temps à autre et passerais du bon temps avec eux autour d’une bonne bière. On se raconterait comment on est tombé dans la potion magique quand on était plus (ou moins) jeune. Avec un peu de chance et un portefeuille forçant le respect, j’aurais le privilège d’être convié aux plus grands rassemblements de domaineurs du monde. Je traverserais le monde avec mes claquettes, ma chemise hawaïenne et mon égo gros comme un camion.

Si j’étais domaineur, j’aurais au moins 30% de ccTLD dans mon portefeuille. Mais pas d’extension exotiques, sauf dans des variantes ultra-pertinentes.

Si j’étais domaineur, la plupart de mes noms seraient refusés aux enchères premium Sedo mais je ne prendrais pas cela de manière personnelle. Comme la beauté, la qualité est subjective et si mon domaine était si bon, j’aurais déjà reçu des dizaines d’offres par le passé. Je ne cèderais pas à l’idiotie de croire qu’on peut vendre un nom de domaine dans les 24 heures suivant son dépôt. S’il était libre jusqu’à hier, c’est qu’il y avait une bonne raison.

Si j’étais domaineur, je passerais des nuits à surveiller les listes de drops à la recherche de la perle rare avec mes yeux bioniques. Malheureusement, je ne serais pas le seul sur la corde à linge et à chaque fois que je me prendrais à insulter mes “concurrents” suite à un drop raté, je me rappellerais qu’ils n’ont sûrement pas eu de chance à tous les coups et que j’ai peut-être gâché leur soirée la fois où j’ai été le plus prompt.

Si j’étais domaineur, je suivrais des cours de marketing online et serais incollable sur les questions de publicité en ligne. Je connaîtrais la moitié des articles de Ron Jackson par cœur, ainsi que tous les pseudos des forumeurs anglophones. Les théories de Matt Bentley et de Sahar Sarid n’auraient plus de secret pour moi, et je regretterais le temps où je rigolais tout seul devant le blog de Rick Schwarz.

Si j’étais domaineur, je serais un peu webmaster. Et si j’étais webmaster, un peu domaineur.

Je chercherais activement et inlassablement des utilisateurs finaux pour les noms dont je souhaite me séparer. Mais je garderais en tête que les arbres ne poussent pas dans le ciel et qu’il me faudra être patient car tout le monde ne roule pas encore aux noms de domaine.

Je vendrais au besoin ou à l’instinct. J’aurais une idée concrète de la valeur de tous mes domaines, et consulterais 2 personnes de confiance en guise de “backup” à chaque fois que je recevrais une offre. Je serais à la fois ferme et cordial dans mes négociations. Je ne vendrais en direct qu’à d’autres domaineurs avec qui j’ai eu l’occasion de traiter ou avec qui des personnes de confiance ont eu l’occasion de traiter. Pour tout le reste, je passerais par un tiers de confiance. Pour les grosses transactions aussi, surtout si je veux qu’on en parle.

Si j’étais domaineur, j’achèterais sur le second marché même si les prix pratiqués peuvent faire réfléchir et faire mal au portefeuille. J’aurais notamment racheté au moins un nom de domaine premium par ce biais, un géodomaine par exemple. No risk, no fun.

Si j’étais domaineur, j’aurais tendance à tutoyer tout le monde et je rirais intérieurement quand les maladroits me vouvoieraient par excès de prudence. Je prendrai au minimum deux semaines de vacances par an durant lesquelles je me couperais complètement du business, sauf pour faire un rapide bilan de l’année écoulée et réfléchir au futur tête reposée.

Si j’étais domaineur, certains m’appelleraient par mon pseudo mais ça ne me dérangerait pas outre mesure, car il faut savoir garder un certain anonymat. D’ailleurs, aucun autre domaineur ne saurait ce que je fais d’autre dans la vie. Certains l’auraient bien découvert, mais n’auraient pas ébruité la chose. J’aurais quand même un ou deux vrais amis domaineurs et ne cèderais pas à la psychose qui fait qu’on croit que tous les domaineurs sont des concurrents. Les domaineurs sont avant tout des être humains, et bien sûr il y en a des bizarres mais dans la masse, les valeurs de la vie l’emportent largement.

Si j’étais domaineur, je roulerais à vélo et m’éclairerais à la bougie. Je ne prendrais pas pour ce que je ne suis pas : un pionnier. Mais je garderais en tête que mon sens de la vision pourrait faire des jaloux. Si Capital ou Réponse à Tout m’appelle pour une interview, je réfléchirais deux fois avant de dire oui ou de répondre bêtement à leur questions. Car ils ont sûrement prévu de vendre leur papier en jouant sur des stéréotypes.

Si j’étais domaineur, je rêverais de vendre un domaine à Virtual Network. Pour moi car cela voudra dire que j’ai fait le bon choix au moins une fois dans ma vie, et pour mon domaine car il rejoindra une collection de domaines sympas avec qui il passera sûrement du bon temps. Jamais je ne liquiderai mon portefeuille entier, sauf si j’ai décidé de sortir complètement du business et que j’ai sur la table une offre qui ne se refuse pas. Je resterais conscient que cette offre ne viendra sûrement jamais car les acheteurs de portefeuilles sont avant tout des acheteurs d’affaires et de liquidités.

Si j’étais domaineur, je vivrais à l’étranger. Pas parce que je n’aime pas mon pays, mais parce que je ne le trouve pas toujours propice à la créativité, à l’innovation et au dynamisme. Ou j’irais ? Pas aux Caïmans, ni à Gibraltar, pour ne pas passer pour un bandit de grand chemin. Peut-être au Luxembourg, en Suède ou en Australie. Où je resterais en Allemagne.

Si j’étais domaineur, je ragerais pour toutes les opportunités que je n’ai pas su saisir, pour les coups de fils impromptus arrivés au moment crucial de cliquer sur “save”, pour les coupures d’Internet.

Je dirais au moins une fois par semaine “ah, si seulement j’avais été là plus tôt !” en oubliant que je suis tout de même en avance sur 99,9% du commun des mortels qui ne sait pas encore ce qu’est un nom de domaine.

Puis je relativiserais en pensant à toutes ces choses que j’aurais pu rater si je n’avais pas été domaineur…

8 réponses à “Si j’étais domaineur…”

  1. Invité a dit :

    Quand ça démange à ce point là Rémy, il ne faut pas hésiter plus longtemps, il faut passer de l’autre côté de la barrière (ou plutôt emménager sur la cîme de l’arbre-bureau…)

    Il faudrait aussi rajouter :
    Si j’étais domaineur, je me dirais : qu’est-ce que les revenus parking sont bas en ce moment, en attendant que les jours meilleurs reviennent… mais ça va vraiment être difficile si je démarre.

    Si j’étais domaineur avec un portefeuille de domaine honorable - après des années de labeur acharné - je me dirais : avant de commencer, je n’aurais jamais dû écouter les gens qui disaient qu’il y avait de l’argent facile à faire avec les domaines, qu’avant d’en arriver là il faut traverser des périodes de sacrifices et des alternances de joie et de désespoir intenses.

    Si j’étais domaineur, je ne ferais pas trop d’excès en .fr
    Les ventes les plus élevées se font avec les .com et même si le .fr rattrape un peu son retard et est l’extension naturelle, elle ne fait pas rêver.
    Dans 95% des cas quand je vois une start up internet française qui se lance, elle utilise un domaine en .com
    Les derniers en date sont http://www.myfab.com / http://www.voisineo.com
    En plus avec le .fr, on est jamais à l’abri d’un changement des règles établies - avec une possible expropriation à la clé - pour peu que quelqu’un ait décidé que le terme utilisé dans le domaine est “impropre” selon des critères qui eux sont à l’inverse “propres” à une personne que vous ne connaissez pas.

    Pour terminer, si j’avais une influence quelconque sur le grand chef de zone chez Sedo, je demanderais un rééquilibrage du nombre de .com qui apparait dans les Tops domaines Sedo, parce que des fois, on a l’impression que l’extension toute entière a disparu au profit du seul .fr :-)

    Pour vraiment terminer cette fois, si j’étais domaineur, je passerais moins de temps à lire (ou à écrire comme maintenant) sur des blogs les jours de beau temps intense et j’essaierais de profiter un peu plus de la vie.

    Où est donc passée cette foutue crème solaire ???

  2. Rémy a dit :

    Je ne voudrais pas que mes propos soient mal interprétés: je n’ai pas des envies de large, tout du moins pas pour passer de l’autre côté de la barrière. Je l’ai dit déjà (trop) souvent : je ferais un mauvais domaineur :-)

    En tous cas merci beaucoup pour ce post, qui remporte la palme de commentaire le plus long et sans doute le plus humoristique depuis la naissance de Blogodomaines.

    Je prévois un billet sur la conjoncture actuelle du parking ;-)

    Bonne analyse sur le .fr, qui malgré toute la bonne volonté du monde - outre de ne pas faire rêver - n’est pas très adapté pour s’ouvrir les portes de l’international. Or aujourd’hui, les entrepreneurs pensent “international” dès l’élaboration de leur business plan. Et le .com reste l’extension reine. J’aurais peut être dû préciser “si j’étais domaineur francophone”. Je voulais donc dire que je profiterais d’être de langue maternelle francaise pour mettre un petit coup de rein supplémentaire sur le .fr par rapport à d’autres ccTLDs dans mon optique de diversification du portefeuille.

    Pour les Top Domaines, c’est Joël qui a les pleins pouvoirs mais je pense qu’il ne manquera pas de tenir compte de votre suggestion, qui en tous cas me semble pertinente.

    Et je suis tout à fait d’accord sur le dernier point : domaineur ou pas, il faut savoir profiter du beau temps et des bonnes choses en général. Je crois savoir que vous avez de quoi occuper formidablement votre temps libre en plus, alors faites donc ! De mon côté, je suis parti pour un footing en bord de Rhin :-)

  3. Francois a dit :

    “Si j’étais domaineur, la plupart de mes noms seraient refusés aux enchères premium Sedo mais je ne prendrais pas cela de manière personnelle. Comme la beauté, la qualité est subjective et si mon domaine était si bon, j’aurais déjà reçu des dizaines d’offres par le passé. Je ne cèderais pas à l’idiotie de croire qu’on peut vendre un nom de domaine dans les 24 heures suivant son dépôt. S’il était libre jusqu’à hier, c’est qu’il y avait une bonne raison.”

    C’est tellement logique :)

    Super post!

  4. DOMAINERIE.EU a dit :

    Remy,

    mon conseil (depuis des années non?), je l ai toujours dit, écrivez une biographie du domaineur et je vous offre sa préface.

    Dabsi qui est domaineur et en Allemagne…..’Pas parce que je n’aime pas mon pays, mais parce que je ne le trouve pas toujours propice à la créativité, à l’innovation et au dynamisme’

  5. Jean Guillon a dit :

    Moi, si j’étais un riche domainer, je lancerais mon propre registre: et ce ne sont pas les idées qui manquent actuellement ;-) Les fonds peut-être?

  6. David Chelly a dit :

    Rémy, président !

  7. Fredo a dit :

    Excellent article! Je me retrouve dans la plupart des points sauf que j’ai oublié d’offrir “des fleurs à ma femme au moins une fois par semaine” et aussi à Emilie… Aussi, je ne me suis pas encore inscrit au “concours de plus gros mangeur de pâtes-minutes du monde”.

  8. David Chelly a dit :

    Je me retrouve dans la plupart des points sauf que j’ai oublié d’offrir “des fleurs à ma femme au moins une fois par semaine”
    ——— pendant longtemps moi non plus Fredo, mais je pense que c’est un conseil vraiment important. J’aime bien les domaines, mais je préfère ma femme et je ne suis pas sûr que je lui accorde autant d’attention qu’aux domaines…

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