Mar 30

La valorisation des noms de domaine - les aspects linguistiques

Catégorie : ValorisationRémy @

Nous l’avons vu dans mon dernier billet, l’extension associée à un nom de domaine a une influence directe sur sa valeur. A racine équivalente, un domaine en .com sera quasiment toujours mieux valorisé qu’un .net, et un .net qu’un .biz. Sauf tremblement de terre improbable sur le premier marché (à ne pas confondre avec une secousse), la hiérarchie parmi les gTLDs devrait rester inchangée pour des années encore. En matière de ccTLDs, il est plus délicat d’établir ne serait-ce qu’un semblant classement car les considérations linguistiques viennent sérieusement compliquer les choses. Non pas que celles-ci ne rentrent pas en ligne de compte pour les gTLDs : un money.com est bien entendu autrement plus intéressant qu’un argent.com.

Mais entre geld.it et geld.fr, difficile de dire lequel est le meilleur (ou le moins pire). Et ce sans même chercher à comparer laquelle des deux extensions est la mieux cotée, mais simplement parce que Geld signifie “argent”… en allemand. Pour que le terme prenne son sens, il faudra donc idéalement l’associer au .de, voire au .at ou au .ch.

Sur des combinaisons pertinentes, on peut donc avoir au final un nom de domaine mieux valorisé sous un ccTLD que sous un gTLD. Notamment lorsque l’extension nationale en question affiche un fort taux de pénétration par rapport au .com, comme c’est le cas du .de. Ainsi, tous les domaineurs (et les internautes) allemands s’accorderaient à dire qu’un geld.de est autrement plus alléchant qu’un geld.com. Alors qu’il est beaucoup plus délicat d’affirmer qu’argent.fr peut valoir plus qu’argent.com…


Les combinaisons sont dès lors infinies, mais il existe là aussi des référentiels simples et efficaces tant qu’on ne cherche pas à comparer des pommes avec des poires. Le premier réflexe - le plus logique - consiste à jeter un œil sur le classement des langues les plus parlées sur Internet. Et pas seulement aux langues les plus parlées dans le monde, car une telle analyse ne tiendrait pas compte du facteur essentiel de la pénétration d’Internet dans un pays donné.

Sans surprise, c’est l’anglais qui se place en tête. Nous avions déjà vu que “dot com is the king“, le moment est donc venu de compléter l’expression : “English dot com ist the king“. Sans grande surprise non plus, la Chine et ses 185 millions d’utilisateurs Internet se place en deuxième position. Derrière, quelques nations dont je suis persuadé que certains ne les attendaient pas là, comme le Japon (qui combiné à l’excellent santé du secteur de la publicité en ligne constitue donc un marché fort intéressant dont j’ai le plaisir de superviser le développement chez Sedo).

Partant de là et face aux embouteillages monstres sur l’autoroute des .com en anglais, les domaineurs de la première génération ont assez rapidement emprunté des nationales moins fréquentées : celle des .com en espagnol par exemple, en misant sur les taux de croissance exceptionnels de l’Internet en Amérique Latine. Pendant ce temps-là, d’autres étaient déjà sur les départementales et fondaient par exemple des entreprises en France qui, associées à des dépôts de marques judicieux (…), leur permettaient d’enregistrer des .fr exceptionnels pendant que l’internaute français moyen apprenait à manier sa première souris. Certains, devant tant d’agitation, s’étaient même déjà égarés dans le désert à la recherche de perles rares auxquelles personne n’aurait pensé et qui pourraient bien valoir leur pesant de chameaux en 2030 - les IDN arabes par exemple -

Avec l’apparition régulière sur le marché de nouvelles extensions comme le .eu hier, le .asia aujourd’hui et peut-être des extensions régionales comme le .bzh demain, les aspects linguistiques prennent une dimension toujours plus large et complexe à la fois.

Si l’on reste sur des noms de domaine génériques, tout l’art est donc de trouver les perles qui permettront à la fois de ratisser large et de toucher juste. Ratisser large par la population concernée, et toucher juste par la pertinence du terme choisi. Il faut pouvoir s’en donner les moyens, mais c’est sur ce modèle que les Chena Ventures, Virtual Network et consorts ont bâti des empires qui inspirent le respect.

J’ai jusque là pris majoritairement des exemples de noms de domaine génériques pour étudier la question de leur valorisation. Cependant, le plus délicat reste encore d’estimer la valeur d’un nom de domaine composé d’un terme artificiel, c’est à dire qui n’a de sens dans aucune langue (comme google.com par exemple). Rentrent alors en jeu des critères de valorisation supplémentaires, comme le degré de mémorisation. Mais ça, c’est pour un prochain billet…

Quand y’en a plus, y’en a encore :

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