oct 18
La valorisation des noms de domaine – Le potentiel de revente
Il existe à ce jour environ 185 millions de noms de domaine enregistrés dans le monde, toutes extensions confondues. Un chiffre qui croît de plusieurs millions par trimestre (par exemple, +9 millions d’enregistrements au 2ème trimestre 2009 par rapport trimestre précédent, selon le dernier rapport de Verisign)
Parallèlement, on dénombre quelques centaines de ventes publiques dans les sacro-saints tableaux hebdomadaires de DNJournal, chiffre également en croissance. A supposer que les ventes publiques ne représentent que l’infime partie immergée d’un gros iceberg (c’est le cas, mais reste à savoir de quelle taille est la partie du glaçon sous l’eau) et que s’échangent quotidiennement plusieurs milliers de noms de domaine en coulisses, on peut tout au plus chiffrer en dizaines de milliers le nombre de ventes mensuelles sur le second marché, toutes extensions, toutes catégories et toutes langues confondues.
Sans chercher à disserter ici sur le potentiel de croissance du second marché par rapport au premier, quelque chose saute à l’œil à l’étude de ces quelques chiffres : statistiquement, les probabilités de revente d’un nom de domaine sont relativement minces à l’échelle individuelle. Bien sûr et à moins d’être particulièrement maladroit, vous vendrez d’autant plus de noms que vous aurez un portefeuille fourni. Ainsi, BuyDomains – dont l’inventaire doit atteindre à vue de nez les 700 000 noms de domaine, arrive à clore quelques centaines de ventes chaque semaine. Mais soyons clairs : 1. ceux qui jouent dans cette ligue se comptent sur les doigts de la main et 2. ils ont d’autres soucis, notamment celui des coûts d’entretien de leurs portefeuilles (imaginez la facture de frais de renouvellement annuels chez BuyDomains…). Et même pour ces gros poissons, la question centrale n’est pas différente de celle que tout investisseur en noms de domaine, professionnel ou amateur, se pose : comment écouler suffisamment de stock pour que mon activité soit, si ce n’est bénéficiaire, au moins équilibrée/rentable sur le long terme ?
Bref, il faut vendre. Ceux qui vous disent qu’ils ne veulent pas/n’ont pas besoin de vendre ne sont pas des investisseurs, ce sont des collectionneurs. Bien sûr, on peut être un peu les deux à la fois et il est des bouteilles qu’on préfère garder à la cave jusqu’à pourquoi pas les savourer soi-même aux beaux jours de sa retraite. Mais globalement, il faut vendre un minimum pour que les achats et la démarche tout entière soit justifiés.
Toute la difficulté consiste donc à dénicher et à acquérir sur le premier ou le second marché des noms de domaine revendables. Et ce n’est pas une mince affaire. D’abord parce que personne n’est dupe (quoi que) et que mathématiquement, la probabilité de revendre tous ses noms de domaine est quasi nulle. Il va donc dans un premier temps falloir se faire à l’idée qu’une partie du cheptel sera irrémédiablement emportée dans la tombe; cette partie profitera tout au mieux à votre descendance, si encore elle sait préserver ce capital. Et je ne parle pas de le faire fructifier. Bref. Quel pourcentage de votre stock êtes-vous susceptible d’écouler chaque année ? 20% ? Certainement pas. 10% ? Si vous faites un deal de gros, pourquoi pas. 5% ? C’est déjà moins irréaliste. 3% ? Si vous êtes bien rodé, ok. 0% ?! Si vous faites n’importe quoi en termes d’acquisitions et faites en plus la fine bouche sur les rares offres qui se présentent, ce n’est pas impossible. Désolé si j’ai cassé un peu l’ambiance ou fait tomber un mythe.
Dès lors, comment ne pas intégrer la notion de potentiel de revente à la longue liste de critères de valorisation des noms de domaine ? Un nom de qualité est un nom qui saura attirer la convoitise d’acheteurs potentiels. Le meilleur outil de mesure du potentiel de revente d’un nom de domaine est donc le nombre d’offres qu’il a reçu et continue de recevoir d’une part, et la teneur de ces offres d’autre part. Bien entendu, il est possible de vendre un nom de domaine qui n’a jamais reçu une seule offre en dix ans et c’est à chacun de décider s’il vaut la peine d’attendre patiemment le moment fatidique. Mais il est quand même plus probable qu’un nom de domaine se revende (bien) s’il reçoit régulièrement des offres. Tout domaine a donc une sorte de cote de popularité sur laquelle il ne vaut mieux pas se mentir. Si vous possédez un nom de domaine depuis 10 ans et que vous n’avez jamais reçu une seule offre spontanée ou semi-provoquée (via la mise en vente du domaine en question sur des plateformes spécialisées, par exemple), alors votre poulain est-il vraiment si bon ? Tout au moins, est-il adapté à la revente ?
Il existe des tas de domaines sympa, mais combien sont revendables ? Prenez Paix.com, par exemple. Descriptif, court, sans équivoque (à l’écrit en tous cas, parce qu’à l’oral…). Mais qui va racheter Paix.com et pour quoi faire ? Je vois venir les plus optimistes avec leurs cibles toutes trouvées : l’ONU, le gouvernement français, une organisation caritative. Rien que des institutions qui sont réputées pour placer le nom de domaine au centre de leurs préoccupations et qui gagnent de l’argent, là-dedans… Je ne dis pas que le titulaire de Paix.com ne revendra jamais son bien si son intention est de le revendre, je dis que c’est un faux-bon nom de domaine qui tout au mieux fera craquer un collectionneur, un philanthrope ou un illuminé.
Dans toute décision d’investissement, demandez-vous donc :
- qui va bien pouvoir vous racheter ce nom de domaine ? La cible est-elle toute désignée, large, vague… ?
- quand ces acheteurs potentiels vont-ils bien pouvoir se manifester ? Le nom en question est-il un pari sur l’avenir (predictive domaining) ou une valeur sûre ?
- combien pouvez-vous espérer tirer de cette vente compte tenu de l’état du marché et notamment des ventes similaires ? A quel retour sur investissement pouvez-vous raisonnablement prétendre (x1,5, x2, x3 etc) ?
Quelques modestes conseils pour les différents types d’investisseurs :
- si vous êtes débutant, ne négligez pas le nécessaire travail d’apprentissage qui vous fera maîtriser les notions fondamentales du domaining. N’enregistrez pas à la volée des domaines pour la simple raison qu’ils sont libres. La grande majorité des domaines libres le sont pour une bonne raison, à savoir celle d’une qualité déficitaire. Il reste bien entendu une partie exploitable, mais sur laquelle il faudra sans doute vous montrer patient quant à la revente. Prendre des risques mesurés est louable, mais céder à la frénésie des enregistrements n’est pas une bonne idée.
- si vous êtes de niveau « intermédiaire » avez débuté il y a environ 3 ans et n’avez pas ou prou reçu d’offres alors même que vous avez investi dans un portefeuille de plusieurs dizaines/centaines de noms de domaine, posez-vous de sérieuses questions sur vos choix, votre stratégie et la viabilité de votre affaire à moyen et long terme.
- si vous êtes un investisseur confirmé et êtes majoritairement actif sur le second marché, indexez vos ROI prévisionnels sur le potentiel de revente anticipé d’un domaine lambda. Si vous rachetez un nom de domaine dont vous savez pertinemment qu’il recevra plusieurs offres par an, vous pouvez vous permettre un investissement plus lourd comparé à la valeur de marché estimative. Prenons l’exemple de voiture.com : la difficulté avec ce nom de domaine ne sera certainement pas de trouver des acheteurs potentiels, mais plutôt de vendre bien et au bon moment. Sa valorisation étant aisément chiffrable en dizaines de milliers d’euros, vous pouvez vous satisfaire d’un x2 à la revente. Si vous le rachetez 25 000 et le revendez 50 000 dans les 3 ans, c’est déjà une performance honorable en termes absolus. Bien sûr, c’est encore mieux si vous l’achetez 10 pour le revendre 100, mais vos chances de mettre la main sur un nom de cette trempe à bas prix sont très minces. Demandez-vous plutôt combien de ventes il vous faut habituellement à l’échelle de votre portefeuille pour dégager un bénéfice de 25 000 EUR. 10 transactions, 50, 100 ? Les plus grandes prises de risque apportent souvent les plus grands bénéfices. Faites en sorte de limiter le risque à la lourdeur de l’investissement plutôt que de le prendre sur le potentiel de revente du nom en lui-même.
Pour finir, rappelons que s’il existe des moyens d’augmenter les chances de revente d’un nom de domaine en allant prospecter des acheteurs potentiels préalablement identifiés dans le cadre d’un travail de recherche, un mauvais nom de domaine reste un mauvais nom de domaine. En d’autres termes, les chances de revente d’un nom de domaine sont influençables mais son potentiel de revente, lui, est en partie « inné ».
De nombreux débutants tombent d’ailleurs dans le piège consistant à penser qu’il leur suffira d’aller frapper aux bonnes portes pour liquider leurs stocks au cas où aucun acheteur ne se manifesterait de sa propre initiative, comme ils l’avaient pensé et prévu au début de leur quête. Le mot de la fin s’adresse à eux : d’une part, cela ne suffira pas si la qualité du nom n’est pas bonne et d’autre part, vous réduirez indirectement votre retour sur investissement en faisant cela car le temps passé à prospecter et à argumenter, que vous le vouliez ou non, est de l’argent.
Quand y’en a plus, y’en a encore :
- Qui a la plus grosse ?
- La valorisation des noms de domaine – potentiel commercial
- A nos ventes manquées
- Soirée belge
- Derrière chaque vente de nom de domaine se cache une histoire














18 octobre 2009 à
Un excellent article qui résume bien les concepts à s’en rappeller dans le monde des noms de domaines.
Ceci étant, je ne porte pas votre avis avec cette constat: « Bien sûr, c’est encore mieux si vous l’achetez 10 pour le revendre 100, mais vos chances de mettre la main sur un nom de cette trempe à bas prix sont très minces. »
Tous les jours, j’achète entre 2 et 4 noms en dessous de 10 et je trouve des entreprises qui me les rachètent pour 40x à 100x le prix que j’ai payé.
19 octobre 2009 à
Très bon article, merci =]