Front running

Qu’est-ce que le front running (en général) ?

Le terme front running est issu du monde de la finance, où il désigne une forme de délit d’initié consistant pour un courtier en bourse à faire l’acquisition de titres pour son propre compte peu de temps après avoir reçu un ordre d’achat (souvent massif) de la part d’un client pour la classe de titres en question. Toute la technique consiste ensuite pour le courtier, une fois sa fraude ainsi préparée, à valider dans un premier temps l’ordre d’achat de son client et à revendre les titres acquis pour son compte dans la foulée. Par ce biais, le broker tire malicieusement profit de la valorisation à la hausse du cours de l’action qui survient souvent après qu’un acheteur (ici, son client) ait fait l’acquisition de titres en masse. Le courtier peut ainsi réaliser un profit aussi aisé que rapide.

Exemple fictif :

Un client passe à son courtier un ordre d’achat pour un bloc de 5 000 actions à 100 EUR pièce, soit une opération de 500 000 EUR. Avant de placer l’ordre pour le compte de son client, le courtier achète pour son propre compte un lot de 500 de ces actions (au même cours de 100 EUR pièce, donc). Suite à l’enregistrement de l’ordre massif du client qui s’en suit, le cours de l’action gagne 5 euros et s’élève donc à 105 EUR.

C’est le moment que le courtier choisit pour frapper en revendant l’intégralité des 500 actions acquises en nom propre un peu plus tôt. Acheté 50 000 EUR quelques jours/heures plus tôt, son bloc d’actions vient de lui rapporter 500 x 105 = 52 500 EUR, soit 2 500 EUR de bénéfice net. Toute la stratégie consiste pour le courtier contrevenant à réaliser de telles opérations sur des ordres particulièrement importants pour que le levier le soit tout autant pour lui. Et à répartir tant que se peut ses achats en nom propre sur plusieurs postes pour rester sous le radar. Car rappelons-le, il s’agit d’une pratique parfaitement illégale.

Le domain name front running

Appliqué aux noms de domaine, le front running désigne l’action par laquelle un intermédiaire appelé front runner va « capter » les recherches de disponibilité de noms de domaine effectués par des internautes, soit auprès de leur registrar, soit sur des sites tiers proposant un service de whois. Dans un second temps, le front runner va exploiter les données illégalement récupérées en déposant pour son propre compte les domaines pour lesquels l’internaute n’est pas allé jusqu’au bout du processus d’enregistrement (soit par choix, soit par contrainte technique). Dans un troisième temps, le front runner tentera de revendre à coût majoré les noms de domaine mal acquis.

Qui se livre à de telles pratiques ?

Au rang des premiers accusés (à ne pas confondre avec « coupables ») : les registrars. Et ce pour deux raisons majeures. La première, c’est qu’il leur est particulièrement facile d’épier les recherches de disponibilité effectuées sur leurs propres sites. La seconde, c’est que leur position de distributeur sur la chaîne de valeur leur permet de proposer à la vente les noms de domaine détournés d’autant plus facilement qu’ils auront pu mettre la main, en même temps que sur les noms de domaine eux-mêmes, sur des identifiants techniques des utilisateurs abusés (logins, adresses IP).

On pourrait croire que les registrars tentés par ces pratiques délictuelles sont « naturellement » freinés par l’idée d’avoir à déposer des noms de domaine pour leur propre compte et d’être visibles comme le mouton noir. Certes, mais ils peuvent toujours recourir à des filiales, des sociétés-écran ou des complices pour passer plus ou moins inaperçus dans les whois.

Légendes et réalités

La question du front running est l’un des serpents de mer du premier marché des noms de domaine. Compte tenu du nombre conséquent de noms de domaine déposés dans le monde (plus de 200 millions fin 2010), le cas de figure où un nom de domaine donné libre le matin se retrouve « curieusement » pris le soir-même n’est finalement pas si rare. La concurrence est rude et certaines extensions comme le .com sont réputées saturées. Un nom de domaine reste d’autant moins longtemps libre que sa qualité, et donc son attrait pour d’autres registrants potentiels, sont grands. Il est d’ailleurs souvent difficile d’apporter la preuve formelle d’un cas (et a fortiori d’un schéma) de front running. Et encore une fois, la quasi-totalité des cas perçus de front running ne sont pas des cas réels, mais de simples concours de circonstances suite auxquels le nom de domaine convoité finit simplement chez un candidat plus rapide/moins hésitant que l’intéressé initial.

Toutefois, il existe un cas célèbre de front running avéré : celui révélé en janvier 2008 et concernant le registrar américain Network Solutions, et suite auquel le prestataire incriminé s’était défendu en argumentant que s’il « surveillait » les requêtes de ses visiteurs, c’était pour mieux les protéger… des front runners, des vrais (sources en anglais : DomainNameWire.com et DomainNameNews.com / sources en français : Stephane-Vangelder.fr et 01net.com)

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