déc 07

Derrière chaque vente de nom de domaine se cache une histoire

Catégorie : Meilleures Ventes,Second MarchéRémy @

Toutes les ventes récentes de noms de domaine sont riches en enseignements, notamment sur la question de l’identité des acheteurs. Certaines indications précieuses peuvent vous donner des pistes de réflexion concrètes, notamment en vue de cessions ou d’acquisitions futures. Vous pouvez par exemple être titulaire de la version au singulier d’un nom au pluriel vendu récemment, et le simple fait de vous en être rendu compte vous permettra peut-être de remonter aisément jusqu’à l’acheteur et d’entrer en discussions avec lui. De même, un domaine (ou un groupe de domaines) vendu récemment peu vous donner des idées d’enregistrement ou de rachats si vous jugez la thématique porteuse.

D’où l’intérêt de surveiller régulièrement le pouls du marché, par exemple en consultant l’excellente liste hebdomadaire compilée par le vénéré Ron Jackson de DnJournal.com. Les ventes les plus simples et les plus intéressantes à analyser sont sans doute les vôtres. Parfois, nul besoin d’attendre la clôture d’une transaction pour savoir qui se cache derrière un mystérieux acquéreur; car justement, tous les acheteurs ne se cachent pas. Certains préfèrent négocier en direct et à visage découvert. Vous vous retrouvez alors un peu comme un enfant qui sait ce qu’il va avoir à Noel : content quand même, mais rassasié niveau curiosité. A contrario, les ventes réalisées via les plateformes spécialisées comme Sedo ou Afternic peuvent donner bien du fil à retordre aux enquêteurs les plus chevronnés. En effet et dans la mesure où ces plateformes fonctionnent sur le sacro-saint principe de l’anonymat, vous ne pouvez en principe pas savoir qui se cache derrière M. l’Acheteur Potentiel (un bon copain de M. Ano Nymous de chez l’AFNIC, à ce qu’il se dit)

Cependant, il existe des moyens simples de lever au moins partiellement le voile sur l’identité des acquéreurs. Ou tout du moins d’essayer, essentiellement sur la base du bon viel adage « ça ne coûte rien de demander ». Vous pouvez donc, via les systèmes de commentaires en ligne souvent intégrés par les plateformes en question, poser quelques questions à l’intéressé concernant son identité et ses intentions. Parfois, ça marche. Mais attention, c’est à double tranchant : en se sentant questionné voire espionné, votre acheteur peut sérieusement se refroidir. Notamment s’il a été mandaté pour racheter votre nom de domaine dans le cadre d’un projet confidentiel sous toutes coutures. Il sera alors typiquement dans une approche « sous-marin » qui n’aura pas pour but premier de contrecarrer votre envie de tout savoir, mais simplement de maintenir un degré de confidentialité maximal. En tant que vendeur, il est important de savoir respecter ce genre de détails si vous ne voulez pas voir certaines ventes vous passer sous le nez par excès de curiosité. Mon conseil : concentrez-vous sur votre prix de vente et faites abstraction des éléments extérieurs !

Une vente est une vente, et croire que l’on tirera nécessairement plus de bénéfices d’une vente à un groupe du CAC40 ou à une multinationale plutôt qu’à une start-up ou une PME est souvent faux. Rappelez-vous que le potentiel d’un nom de domaine de qualité est souvent mieux reconnu par un acteur économique de type « outsider dynamique » que  de type « mastodonte bien établi », qui lui cherchera davantage à capitaliser sur ses acquis. C’est la théorie que je tâcherai de vous démontrer par l’exemple un peu plus loin dans ce billet… n’hésitez pas à aller vous chercher un thé ou à faire une pause pipi dès à présent si l’envie vous en prend : [modestie off] le billet est encore un peu long avant de donner sa pleine mesure [/modestie off]

Pour en revenir à la question de la révélation de l’identité de l’acheteur, il peut même parfois être amusant de s’imposer à soi-même (en tant que vendeur) de garder la surprise pour la fin, un peu comme ces couples qui choisissent de ne pas connaître le sexe du bébé qu’ils attendent. D’une part parce qu’on ne vit qu’une fois et qu’il faut bien trouver une part de jeu jusque dans les plus ennuyantes des tâches de la vie quotidienne, et d’autre part parce que ne pas vous poser de questions existentielles sur le pourquoi du comment vous permet de mieux vous concentrer sur votre négociation et de vous en tenir à votre propre perception de la chose négociée. On dit souvent que les meilleurs négociateurs sont ceux qui savent brillamment donner l’impression à l’autre partie qu’elle est la grande gagnante dans l’affaire (et accessoirement se plier en quatre pour que ce soit à peu près le cas). Ce n’est pas faux. Mais pour en avoir cotoyé quelques uns dans ce milieu, je peux également vous dire que les meilleurs négociateurs sont ceux qui ne fixent rien d’autre que la ligne d’arrivée qu’ils ont tracé eux-mêmes avant même d’entrer en négociations. Ceux-là ne se laisseront pas distraire par ce que pourrait penser Pierre ou Paul de la valeur d’un domaine, ni par la situation d’un vendeur lambda. On assimile souvent ce type de vendeurs à ceux qui ont des prétentions démesurées et sont incapables de descendre de leur nuage. C’est faux. Ils font preuve de focus, tout simplement. Personnellement et d’un point de vue acheteur cette fois-ci, les vendeurs qui changent d’avis comme de chemise et semblent au final ne pas savoir ce qu’ils veulent me déstabilisent dans le mauvais sens du terme. Quelqu’un qui diviserait rapidement son prix de vente par 10, par exemple, me ferait me demander si le nom de domaine que je vise est si bon que je ne le pensais à l’origine. Pourquoi brader ouvertement un actif à ce point s’il a tant de valeur ?

Pour en revenir à nos moutons, les ventes regorgent parfois d’enseignements et de surprises. C’est exactement ce que nous a rappelé une vente récente chez Virtual Network. Après un premier round de négociations assez long sur Sedo, nous avons choisi l’option de la mise aux enchères, pensant pouvoir susciter un intérêt parmi un pool d’acheteurs potentiels plus large. Notre intuition s’est malheureusement avérée fausse puisque personne n’a surenchéri, mais c’est le jeu (ma pauv’ Lucette). Toujours est-il que cette session d’enchères en elle-même, ajoutée au délai de paiement et de transfert technique du nom de domaine, nous a valu une attente supplémentaire de plusieurs semaines avant d’espérer connaître l’identité de l’acheteur. Je dis bien « espérer » car parfois, les acheteurs choisissent d’opter pour un whois anonyme et dans ce cas, vous n’êtes pas plus avancé qu’avant la vente; sauf lancement immédiat d’un site avec divulgation claire de l’identité de l’exploitant (obligatoire dans la plupart des juridictions, quoi qu’il en soit).

C’est donc avec une impatience toute enfantine que nous avons attendu la finalisation du transfert pour découvrir l’identité du cher acheteur à qui nous avons je l’espère cédé l’une des clés majeures de sa future réussite sur Internet. Je crois qu’il est temps de divulguer le nom de domaine en question, non ? Il s’agit de billets.com, vendu 28 500 EUR sur Sedo il y a quelques jours et que vous retrouverez dans les fameuses listes de Ron Jackson (je suis un peu lourdingue avec ça, mais lisez-les !). Compte tenu de la nature sémantique du nom, on pouvait tout imaginer à propos de l’acheteur : un acteur du tourisme, de la billetterie en ligne, de la finance ou même de la blogosphère. Raison de plus pour ne pas commencer à spéculer davantage sur la question : en poussant la technique à l’extrême, on peut penser que certains auraient indexé leur prix en fonction de l’origine de l’acheteur – 10 000 EUR pour une pauvre plateforme de blogs gratuits mais 100 000 si c’est la banque de France qui est de l’autre côté. Non ? Je vous le répète : la question de la multiplicité des acheteurs est à se poser à l’achat, pas à la revente. Si vous êtes (objectivement) persuadé que votre nom de domaine est porteur, c’est entre autres parce que vous avez pris la peine d’identifier rapidement de nombreux acheteurs potentiels sérieux, non ? Qui va bien pouvoir racheter JoieDeVivre.biz ? Citez-moi maintenant instinctivement 5 acheteurs sérieux susceptibles de racheter Voiture.com ? Vous avez tout compris : la réponse doit tomber sous le sens pour que le nom puisse être qualifié de « vendable/vendeur ». Ne créez pas des besoins, répondez-y !

C’était la dernière parenthèse dans ce billet, promis. Maintenant, je conclus et je vous laisse reprendre une activité normale voir aller vous coucher avec un bon mal de tête (désolé si c’est tout l’effet que ce billet produit sur vous). Comment voir qui se « cache » derrière un acheteur, donc ? Rien de plus simple, deux réflexes majeurs : entrer le nom de domaine dans votre navigateur et laisser la connexion se faire entre vos yeux et votre cerveau d’abord, et consulter un whois ensuite. Appliqué à billets.com, l’exercice donne le résultat suivant à l’heure où j’écris : page parking d’un côté (le nom n’étant manifestement listé dans aucun compte Sedo au vu de la physionomie de l’URL), whois complet de l’autre. Notre homme n’est autre que Ralph Abi Nader, basé à Saint-Laurent au Québec. Associé à une lecture rapide de son adresse e-mail, cela amène le psychopathe des noms de domaine que je suis à taper instinctivement ticketium.ca dans mon navigateur et là… ô suprise :

Ticketium.ca... bientôt Billets.com ?

Un courtier en billeterie de spectacle. CQFD.

J’en déduis donc que M. Abi Nader a des projets d’expansion suffisamment ambitieux pour investir dans un nom du calibre de billets.com en lieu et place d’une poursuite de l’exploitation de son activité sous l’appelation ticketium.ca, il faut bien le reconnaître perfectible tant au niveau du branding que du potentil d’utilisation à l’international. Je ne peux que l’en féliciter et lui souhaiter de devenir la référence du secteur au Canada voire dans l’espace francophone tout entier. Avec billets.com, il dispose à la fois de la meilleure rampe de lancement et de la meilleure enseigne qui soit.

Avec du recul et en toute honnêteté : quelle était la probabilité pour toucher un acheteur tel que TicketNet.fr ou la FNAC sur ce nom de domaine ? Très mince, d’autant plus que les seconds semblent avoir d’autres chats à fouetter en ce moment. La vérité est souvent ailleurs. Pour la trouver, soyez attentifs et observateurs !

Bonnes ventes !

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Quand y’en a plus, y’en a encore :

5 réponses à “Derrière chaque vente de nom de domaine se cache une histoire”

  1. BHSL a dit :

    Super article, merci Rémy…

  2. Rémy a dit :

    Merci à toi BHSL Meeting

  3. edidier a dit :

    Tu a retrouvé le gout d’écrire sur le sujet, chapeau Rémy.
    J’ai encore mal à la tête depuis hier… Smile

  4. TechAdmin a dit :

    Bon article: du titre, à la conclusion.

  5. Yonni a dit :

    Merci Rémy pour ce super article. Ca me plait tellement de lire tes articles et ils sont si long que je les imprime (je sais ce n’est pas Grenelle…Wink et que j’ai les lis tranquillement, je les consomme comme un dessert ^^

    Meilleurs voeux à tous Smile

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