mar 27 2010

L’histoire sans fin

Catégorie : Premier Marché,Second MarchéRémy @

De VoltaireOn a coutume de dire que le premier marché (celui de l’enregistrement de noms de domaine disponibles) est victime d’un phénomène de saturation grandissant, a fortiori sur les extensions les plus prisées. Aujourd’hui, c’est un fait : il devient de plus en plus difficile de trouver un nom de domaine libre pour quiconque aspire à un minimum de qualité. La croissance du second marché est d’ailleurs la conséquence directe de l’engorgement du premier. Certains vont même jusqu’à invoquer le principe des vases communicants : plus le premier marché se rétrécit (ou croît, selon la perspective choisie), plus le second marché se développe.

Les extrémistes du second marché – des spécimens rares qui n’ont même pas  cherché à enregistrer un nom de domaine à la main depuis le milieu des années 2000 car ils savent que c’est peine perdue dans 99% des cas – se réjouissent donc des courbes de croissance sportives du premier marché, dans lesquelles ils voient un asséchement garanti des inventaires de qualité encore disponibles. Certains vieux roublards du second marché voient même plutôt d’un bon œil la prolifération de wanna be domainers, car c’est en quelque sorte cette relève qui assure la cannibalisation des étages inférieurs des inventaires : au début de sa quête, un domaineur débutant va en effet souvent jeter son dévolu sur des domaines libres, car cela reste le meilleur moyen de se constituer un fond de cale pour une mise de départ raisonnable. Même une fois les bases du métier apprises et maîtrisées, il se nourrira principalement de domaines débusqués sur le premier marché, sauf que la qualité de la marchandise tendra a être sensiblement meilleure (typiquement des noms échangés entre 100 et 500 euros sur le second marché). Ce n’est souvent que plus tard que ce type d’investisseur viendra faire de l’ombre aux vieux dinosaures du second marché, qui ne se nourrissent presque plus que de rachats de noms de domaine déjà pris ou de drops (noms de domaine tout juste expirés). La crainte des anciens ne se situe donc pas là, puisque ce jeu des forces fait davantage vivre le marché qu’il ne l’assèche.

Quant au premier marché, la principale réponse au phénomène d’étranglement trouvée/souhaitée par ses acteurs institutionnels et commerciaux (essentiellement le triptyque ICANN/registres/registrars) reste pour l’heure la fameuse (semi)-libéralisation des TLDs; avec à la clé une possible multiplication de nouvelles extensions de tous bords et de tous genres – et donc autant de relais de croissance pour les acteurs impliqués.

Dès lors, les adeptes de la théorie des vases communicants exposée en introduction de ce billet doivent-ils se faire du souci ? Et si des centaines de nouvelles extensions venaient à voir le jour ? Et si en plus de la quantité, la qualité était au rendez-vous ? Et si les entreprises et les internautes délaissaient peu à peu les extensions historiques pour ces nouveaux venus de l’espace de nommage ? Et si ce big bang venait diluer la valeur du .com ? Si celui-ci, las d’avoir été aux noms de domaine ce que le Kleenex est aux mouchoirs de poche, ne devenait plus qu’une vulgaire feuille de papier toilette ? Et si les piliers du second marché étaient contraints de faire leurs valises et d’aller chercher ailleurs leur réussite, minés par ce renouveau du premier marché et son excédent d’inventaires de qualité ?

Qu’on se rassure, un tel scénario n’est pas prêt d’arriver. C’est en tous cas mon avis.

D’abord parce qu’il faudra encore des années avant l’avènement des premiers enfants de l’ouverture des TLDs. Comme le processus prend du retard au niveau de l’ICANN d’une part et que les dossiers sont longs à monter pour les aspirants d’autre part, je m’attends à une première vague de lancements plutôt modeste. Pendant ce temps-là, certains candidats indécis suivront en tribunes le départ de la course, se réservant l’occasion de faire marche arrière en cas de scénario du pétard mouillé. Mais comme les entrepreneurs en herbe sont souvent plein d’espoir et que même les plus prudents ne pourront pas se permettre de rater le bon (?) wagon, je prédis une seconde vague de lancements à J+1 an, plus grosse celle-là. Tout comme les baby-boomeurs de l’après-guerre que l’on retrouve papy-boomeurs 60 ans plus tard, les surfeurs de cette 2ème vague de nouvelles extensions se retrouveront tous plus ou moins confrontés à la dure épreuve du reality check au même moment, soit environ 2-3 ans après le lancement initial de « leurs » extensions.

C’est alors qu’une (grande) partie de cette progéniture rejoindra le cimetière des extensions mort-nées, sous respiration artificielle ou grabataires (.coop, .museum, .aero, ou plus récemment .mobi).

Ensuite, parce que même un succès mesuré de ces nouvelles extensions à court terme pourrait signifier à moyen et long terme un renforcement de la valeur des extensions historiques. C’est d’ailleurs le scénario que je retiendrais : un apparent départ en fanfare des nouvelles extensions, une euphorie parmi leurs créateurs voire même chez certains apprentis-domaineurs, des débuts prometteurs (les taux de croissance sont forcément meilleurs lorsqu’on part de 0) … puis un essoufflement, les premiers comptes à rendre, une perte d’orientation chez les internautes… et un retour aux valeurs sûres; les valeurs refuges des investisseurs du second marché, en quelque sorte : .com, .net et extensions géographiques fortes (.de. .co.uk…Wink. Les extensions actuellement « marginales » du second marché (.info, .org…Wink feront les frais de ce scénario ou au contraire, en tireront un second souffle.

Mais alors, qu’est-ce qui pourrait bien arrêter – ou ne serait-ce qu’enrayer – la marche en avant du second marché ? J’imagine que le détracteur que vous êtes peut-être veut enfin savoir !

J’ai ma petite idée sur la question, aussi farfelue soit-elle : dans un futur (lointain, n’exagérons rien), les entreprises auront bien compris et intégré les enjeux des noms de domaine en général, et les avantages concurrentiels procurés par les noms de domaine génériques de qualité en particulier. L’heure de la Grande Bataille aura alors sonné. Fortes d’un savoir et de moyens plus conséquents, les entreprises rentreront dans l’ère de l’arbitrage. Elles hausseront leur niveau de jeu, affûteront leurs méthodes et deviendront plus malines que le plus malin des domaineurs. A la manière de mantes religieuses, elles se délecteront d’abord les domaineurs les plus digestes. Après en avoir fait certains prisonniers et avoir étudié leur comportement en captivité pendant quelques années, elles les imiteront jusqu’à atteindre un degré de perfection qui entraînera l’extinction de cette espèce. Puis, ayant parallèlement capitalisé sur la valeur du trésor de guerre ainsi amassé, elles s’attaqueront aux butins et aux terrains de chasse des domaineurs intermédiaires, puis à ceux des plus expérimentés. Dans la tourmente, les prix flamberont un instant, puis une fois tout l’espace occupé par les entreprises, le calme règnera sur le second marché. Un calme de courte durée, car annonciateur de l’ère la plus meurtrière : celle ou les entreprises se battront entre elles pour défendre leurs terrains et conquérir ceux de leurs voisines.

Les domaineurs repentis contempleront ce champ de bataille d’un œil mi-amusé, mi-terrifié. Le second marché dans toute sa splendeur. Une histoire sans fin.

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Creative Commons License Crédit photo : Simon Bonaventure



oct 17 2009

Les noms de domaine en .de d’1 et 2 caractères mis sur le marché !

Catégorie : Enchères,Premier Marché,Second MarchéRémy @

La nouvelle a fait l’effet d’un petit coup de tonnerre dans le microcosme du nommage germanique. Avant-hier, le Denic (registre du .de / équivalent allemand de l’AFNIC) a annoncé dans un communiqué de presse qu’il serait désormais possible d’enregistrer des noms de domaine en .de composés d’1 et de 2 caractères, ainsi que de chiffres. Ce type de noms de domaine était jusque là gelé par le registre allemand.

Ce mini-landrush aura lieu le 23 octobre 2009 à 9 heures précises et c’est la (bonne vieille) règle du premier arrivé, premier servi qui s’appliquera.

Il est intéressant de noter que le registre allemand n’a pas opté pour la méthode la plus en vogue ces derniers temps, à savoir celle d’une mise aux enchères. On ne pourra donc pas accuser le Denic de privilégier l’aspect mercantile. Les premiers servis ne seront donc pas les plus offrants, mais bien les plus rapides. La lutte technique et stratégique risque donc d’être belle. Les moyens visant à augmenter les chances d’obtenir son sésame sont divers et variés. Parmi eux, passer commande auprès d’un grand nombre de registrars – si possible en alternant les gros et les plus petits – pour espérer faire mouche chez Pierre si Paul n’est pas assez prompt.

Mais nous ne sommes plus en 1995 : aujourd’hui, les enjeux sont tels que même les registrars eux-mêmes participent parfois aux landrush (avec l’avancée technologique et administrative qui est la leur) pour alimenter leurs portefeuilles privés. De là à qualifier la manœuvre de délit d’initié…

Sedo va encore plus loin en se positionnant comme intermédiaire dans cette mini-ruée vers l’or. Le leader mondial de l’achat-vente de noms de domaine, d’origine allemande, ne pouvait pas laisser passer cette occasion rêvée de faire du buzz.

Lire la suite de « Les noms de domaine en .de d’1 et 2 caractères mis sur le marché ! »


août 27 2009

Le nom de domaine le plus vieux de l’histoire racheté sur le second marché

Catégorie : Perlodomaines,Premier Marché,Second MarchéRémy @

L’excellent DNJournal de Ron Jackson a annoncé aujourd’hui en exclusivité que le tout premier nom de domaine en .COM enregistré – le célèbre Symbolics.com – vient de changer de main pour la première fois depuis son dépôt original le 15 mars 1985.

L’acheteur, qui s’offre ainsi un symbolique coup de pub, est la société d’investissements XF.com. Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé. Aron Meystedt, jeune dirigeant de la société XF.com Investments, est naturellement un homme comblé et a déjà en tête un projet à la mesure du premier nom de domaine en .COM jamais enregistré. Cette valeureuse brebis rejoint d’autres belles bêtes de son cheptel comme HY.com, March.com ou Copies.com.

Ron Jackson en profite pour ajouter avec justesse que contrairement à ce qui est souvent affirmé, Symbolics.com n’est pas le premier nom de domaine de tous les temps, mais  « seulement » le premier .COM jamais enregistré. C’est Nordu.net, déposé le 1er janvier 1985, qui a inauguré la naissance du système de nommage.  Mais dépose par le registre, donc ne comptant pas vraiment comme enregistrement*. Quoi qu’il en soit, il semblerait que Nordu.net n’ait jamais pu voler la vedette à Symbolics.com. Sans doute parce que le .com s’est rapidement imposé comme la référence sur Internet et que le terme « Symbolics » ne pouvait être voué à autre chose qu’à la célébrité.

De cette nouvelle est partie une discussion sur ForumNDD.com. De cette discussion est partie une question. De cette question, j’ai pensé qu’il serait amusant de faire un jeu.

La question en question (…Wink : quel est le tout premier nom de domaine en .FR déposé dans l’histoire, noms institutionnels comme AFNIC.fr exclus ?

Le but du jeu : ramener son titulaire ici même sur BlogoDomaines et lui arracher un petit commentaire,  tout simplement ^^

Je compte sur vous pour m’aider à le retrouver. Commentez, farfouillez, faites tourner !

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* Merci à détective Tomsa pour ses investigations !


juin 09 2009

Arnaque au renouvellement de nom de domaine

Catégorie : Général,Premier MarchéRémy @

Je tenais juste à partager avec vous un bel exemple d’arnaque au renouvellement de nom de domaine (domain renewal scam) reçu il y a quelques jours pour mon sahuc[point]info.

Un grand classique… assez évident à reconnaître pour certains, mais sûrement déroutant pour d’autres. Ouvrez donc l’œil et de manière générale, ne faites confiance à aucun organisme autre que le registrar que vous avez choisi à l’origine pour l’enregistrement de votre nom de domaine.

Ce mail aura au moins eu le mérite de me faire penser à actualiser les données whois de mon domaine, ne serait-ce que pour être à jour au vu des études statistiques  sur la conformité des données Whois menées par l’ICANN.

Pour voir le scam en question dans toute son horreur, cliquez ici !


mar 07 2009

Un condensé de .FR

Catégorie : Premier MarchéRémy @

Pour ceux qui auraient raté l’info, l’AFNIC a mis en ligne fin février sur son site Internet une synthèse en 4 pages de son traditionnel Observatoire du marché des noms de domaine en France, dont l’édition 2008 était parue dans son intégralité le 25 novembre dernier. Un document qui ravira sans doute les pressés, les minimalistes et les sélectifs lorsqu’on sait que le rapport original comporte 112 pages.

S’il ne fallait retenir que les points mentionnés dans cette synthèse, on noterait alors que :

  • le .FR est l’extension favorite des Français
  • les dépositaires de noms de domaine en .FR sont de (toujours plus) jeunes particuliers (les vieilles entreprises apprécieront)
  • le marché des bureaux d’enregistrements (registrars) se consolide, tant au niveau de leur nombre que de leurs activités et de leurs tarifs
  • le second marché est de plus en plus dynamique
  • la plupart des noms de domaine en .FR pointent vers deux DNS actifs et que moins de 0,5% utilise le protocole IPv6
  • près d’un nom de domaine en .FR sur deux est utilisé à des fins professionnelles, le reste étant réparti entre sites personnels (5%), pages d’attente (17%), pages parking (6%). Les quelques 20% restants correspondant a priori à des noms de domaine inutilisés/inactifs.
  • le .FR a de beaux jours devant lui, principalement car il est parti de loin et que là où l’extension .DE s’est plutôt popularisée au début des années 2000 par exemple, le .FR n’a peut-être pas encore connu son heure de gloire.

Rendez-vous en novembre 2009 pour voir si le marché des noms de domaine en France aura tenu toutes ses promesses. Je le lui souhaite !