Signe que de banals gestes du quotidien sont parfois source d’inspiration, c’est en allant nonchalamment me faire un café que m’est venue l’idée de ce billet. Non pas que le ronronnement de la cafetière m’ait subitement plongé dans un profond état d’inspiration, mais parce que l’évidence s’est tout bonnement retrouvée sous mes yeux. Juste là, à côté de la machine à café, un petit sac… pardon, un cornet, comme on dit en Suisse. Dans ce cornet, du sucre. Pas du sucre en poudre, du sucre en morceaux. Des morceaux joliment emballés dans des sachets individuels, comme ceux qui accompagnent souvent le petit noir qu’on nous sert au café du coin.
Pour tout vous dire, je prends habituellement mon café sans sucre. Mais cette fois-ci, mon œil est irrésistiblement attiré par le florilège de couleurs qui s’échappe de ce sac plastique. A peine le temps d’y penser que l’information est déjà passée de l’œil au cerveau et du cerveau à ma main, déjà plongée au fond du sac pour en ressortir l’objet de ma curiosité. « eausucrée », puis-je lire sur le devant de l’emballage du premier morceau saisi, « pinceàsucre » sur le second, « fleurdesucre » sur le troisième. Jusqu’à ce que le revers de l’emballage capte définitivement mon attention :

xxx
zucker/sucre/zucchero
aarberg
www.zucker.ch
www.sucre.ch
Chapeau l’artiste ! Il ne manque que zucchero.ch pour le hat trick parfait ! Sugar.ch n’eut pas été de refus non plus : même si l’anglais ne compte pas parmi les langues officielles de la Suisse, c’est une langue souvent retenue pour son universalité par les éditeurs de sites locaux.
De retour à mon poste, me voici parti aux trousses des sites web incriminés avec pour seule arme la barre d’adresse de mon navigateur. Arme fatale, quoi qu’on en dise. La navigation directe a cet énorme avantage de ne pas détourner l’internaute de son chemin, ni ne souffre d’éventuelles interférences crées par l’environnement, comme c’est souvent le cas sur les moteurs de recherche. Avec un nom aussi représentatif et accrocheur que sucre.ch, aucun risque que ma mémoire m’ait fait défaut sur les 30 mètres qui séparent la cuisine de mon poste de travail. J’aurais pu tenir des semaines, voire des mois avant de finir par saisir le nom de domaine dans un navigateur; il aurait toujours tenu sa place dans un coin ma tête.
Et vient l’instant du levé de rideau. Face à l’écran, je découvre à ma petite surprise que sucre.ch et zucker.ch ne sont pas la propriété, comme je m’y attendais, d’un Syndicat des Producteurs de Sucre Suisses ou d’un organisme similaire (Cf le CEDUS en France, qui communique d’ailleurs sur LeSucre.com alors même qu’il détient le category killer sucre.fr). Mais pour en revenir à sucre.ch, il s’agit bien de la propriété d’un acteur privé, les Sucreries Aarberg et Frauenfeld SA. Un acteur qui sait de toute évidence parler à ses visiteurs avec des noms de domaine savamment choisis, et leur propose sur sucre.ch de s’orienter vers :
- sucre.ch, le site officiel des sucreries Aarberg et Frauenfeld SA
- sucrisse.ch, la manière moderne de sucrer
- SucreSuisse.ch, la plate-forme d’information du sucre suisse
Et la sucrerie suisse-allemande de nous servir le même menu dans la langue de Goethe : zucker.ch/sucrisse.ch/SchweizerZucker.ch. Exquis…
Quant à la fameuse « carte manquante », zucchero.ch, je découvre qu’elle ne manque pas de goût elle aussi. Mieux, elle complète en quelque sorte de la meilleure des façons ce succulent menu de noms de domaine. On y trouve la boutique en ligne d’un prestataire tessinois spécialisé dans la publicité sur sachets de sucre. Peut-être est-ce d’ailleurs ce même publicitaire qui a conseillé les Sucreries Aarberg et Frauenfeld dans le choix de leur campagne ?
Mon périple terminé et ma curiosité satisfaite, je me prends à déballer mon morceau de sucre et à en agrémenter mon café, qui lui aussi avait peut-être raté quelque chose pendant tout ce temps où je l’avais bu sans saccharose.
Quelques mois plus tôt, nous vendions sucre.com. Durant la phase de prospection d’acheteurs, j’avais vu sucre.ch sans vraiment le regarder. Qui eut cru que plus tard, un morceau de leur histoire se retrouverait dans ma tasse ?
Quand les noms de domaine sont délicieux, la gourmandise n’est un plus un vilain défaut.
PS : j’en profite pour vous rappeller que vos photos sont toujours les bienvenues pour agrémenter la rubrique photodomaines du blog !