Le nom de domaine à 4 feuilles

Maybe some luck inside ?On compare souvent le second marché des noms de domaine à ceux de la bourse, de l’immobilier ou de l’art. Curieusement, on ne lui prête que très rarement d’analogies avec le marché des jeux de hasard. Elles sont pourtant nombreuses; rien de tel qu’un vendredi 13 pour nous nous le rappeler.

Choses à savoir, piqûres de rappel et pièges à éviter :

  • reconnaissons-le, le domaining a un côté ludique. Comment expliquer sinon que certains énergumènes y passent leurs nuits et leurs weekends pendant plusieurs années d’affilée tout en gardant le sourire malgré leurs pertes abyssales ?
  • le domaining peut être addictif : Vous pouvez vous faire piéger par l’appât du gain, par votre amour des mots ou par votre égo, pour ne citer que ces sournoises pathologies. La quantité est à l’investisseur en noms domaine ce que l’ivresse des profondeurs est au plongeur. Et quand la maladie vous aura gangréné, même le Docteur Hauss ne pourra plus rien pour vous. Vous emporterez vos domaines maudits dans votre tombe. Pire, ils continueront d’asphyxier lentement votre descendance;
  • comme la banque au casino, registres et registrars gagnent toujours à la fin : les registrars boivent, les domaineurs trinquent (bien que l’inverse soit vrai aussi). Il serait d’ailleurs intéressant – particulièrement sous certaines extensions – de connaître la proportion de noms de domaine détenus par des domaineurs… et les intérêts qui en découlent pour les registres/registrars. Si l’on regarde du côté de la dernière extension à la mode, le .co, les enregistrements spéculatifs sont carrément l’un des piliers majeurs du « succès ». Un pilier sur lequel le registre comptait, à en croire l’orientation de sa campagne marketing;
  • les lois de la statistique sont impitoyables, notamment en matière de taux de revente : 0 à 5% par an en moyenne (cas de revente de portefeuilles entiers exclus). A moins de vous être constitué un portefeuille fait d’un subtile mélange faible quantité/forte qualité, vous ne dépasserez probablement jamais cette barre des 5%. Vous continuerez pourtant votre quête de domaines à quatre feuilles;
  • certains domaines (improbables) se transforment un jour en véritables ticket de loterie : qui ne se souvient pas du « dossier » Vizzavi.com, vendu 24 millions de Francs par des quidams ? Ironiquement, c’est précisément ce genre d’histoires qui entretient l’illusion de l’argent facile dans le secteur. Si des noobs l’ont fait, pourquoi pas vous ?
  • le second marché des noms de domaine est accessible au grand public : un nom de domaine libre coûte à peine plus cher qu’un Morpion chez le buraliste du coin. A ce prix-là, pas étonnant que ça vous démange. Quant aux rachats spéculatifs sur le second marché, ils peuvent encore vous coûter moins cher qu’une soirée un peu trop arrosée au casino. Mieux : la chemise n’est pas obligatoire derrière votre PC; la cravate encore moins, même pour les dandy-domaineurs;
  • quand on joue aux noms de domaine, c’est parfois entre amis mais souvent contre quelqu’un : beaucoup se sont lancés dans le domaining pour tenter d’imiter les copains. Le suivisme est d’ailleurs bien souvent leur seule stratégie. Quoi de plus logique dès lors que de voir même en ses amis des ennemis potentiels, prêts à vous piétiner pour marcher avant vous sur le prochain bout de terrain virtuel dernier-cri;
  • certaines négociations se transforment en véritables parties de poker : vous pensez toujours que cette offre à 150 000 EUR sur votre pire .biz  était un coup de bluff ? Dommage, l’acheteur était aussi ignorant que sérieux à l’époque. Depuis, votre gourmandise lui a fait ouvrir les yeux et il s’est rabattu sur le .com de votre voisin. La vie est cruelle, mais chaque offre de 60 EUR reçue sur Sedo vient heureusement raviver la flamme;
  • comme au jeu, la triche est partout dans les noms de domaine : au point qu’on a du inventer des dizaines de termes barbares pour répertorier les fraudes, arnaques et autres techniques plus ou moins licites (front running, warehousing, reverse hijacking pour n’en citer que 3 d’instinct);
  • montrer son jeu pour mieux le cacher ou cacher son jeu pour mieux le montrer, même combat !
  • comme dans tout jeu qui se respecte, il y a des prix à gagner : domaineur de l’année, meilleur courtier, meilleure plateforme, meilleur registrar… pour qui le pompon ?
  • la chance n’arrive qu’aux autres : c’est à dire à ceux qui ont découvert Internet avant 1995, qui ont les poches pleines, qui ont vendu leur portefeuille à Marchex ou qui ont hérité des domaines ultra-premium de leur grand-mère. De quoi vous faire rager, mais pas vous abattre.

Alors faites vos jeux, mais pas trop quand même !

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