déc 28

2009 sera…

Catégorie : Général,Premier Marché,Second MarchéRémy @

the bowlCreative Commons License photo credit : pyero

Ça y est, les vacances touchent à leur fin. Et l’année aussi. Comme ce radin de Père Noël n’a pas voulu me prêter son traîneau pour rentrer chez moi, c’est en avion que je rallierai Cologne dès ce soir au terme d’une appréciable semaine de repos dans mon Forez natal.

Les fins d’année sont connues pour être toujours propices aux rétrospectives, résolutions et réflexions en tous genres (euh, je viens de faire une allitération là ???). Ayant déjà laissé trop de plumes dans certains regards vers l’arrière, je vous propose aujourd’hui un exercice de projection dans le futur.

Rassurez-vous, je n’ai nullement l’intention de dresser la liste de mes résolutions pour l’année à venir. Quand bien même j’aurais déjà réfléchi moi-même à ce que je compte m’imposer (par la force s’il le faut) en 2009, vous vous ennuieriez à mourir. Et puis les résolutions qu’on ne prend pas sont autant de résolutions qu’on ne risque pas de ne pas tenir (vieux proverbe Grolandais aux vertus embrouillantes).

Le but de la manœuvre du jour est simplement de sortir ma blogoboule de cristal laissée au placard la plus grande partie de l’année pour jouer les Madame Soleil des noms de domaine pour 2009. Prenez place, fermez la porte derrière vous, assurez-vous qu’aucun enfant n’écoute, sentez-vous libre de laisser un pourboire avant même d’entendre ma prophétie et n’hésitez pas à me rouer de coups en commentaires une fois mes inepties intégralement déblatérées.

Pour commencer, je vois – après une année 2008 mouvementée – une année 2009 turbulente pour le petit monde des noms de domaine. En clair, si vous n’aimez pas l’action, restez dans votre salon et fermez les yeux jusqu’au 31 décembre 2009 en attendant une hypothétique accalmie. Sinon, accrochez votre ceinture et ça devrait aller. Qu’entends-je par là me direz-vous ? Même si je trouve très franco-français le redondant « c’est la crise » entendu un peu partout en guise de réponse universelle à toutes les questions d’actualité, je ne suis pas aveugle ou têtu au point de croire que celle-ci n’aura aucun impact sur notre secteur. Ne serait-ce que par l’espèce d’effet placebo qu’elle provoque. A vouloir se convaincre que l’heure est grave et qu’on n’a plus ni argent, ni idées, ni pétrole, on finit par sauter soi-même dans le vide. D’ailleurs, il ne vous aura certainement pas échappé que j’ai écrit moins de billets sur BlogoDomaines en décembre. Normal, c’est la crise. Ça vous étonne ? J’en écrirai encore moins en 2009. C’est la crise, que voulez-vous que je vous dise ? L’effet placebo de la crise – pour en revenir à nos moutons – va justement en faire sauter plus d’un, mouton, dans le vide. Il y aura les investisseurs qui croiront que ce n’est pas le bon moment pour se lancer, ceux qui penseront qu’ils sont allés trop loin et qu’il faut absolument dégraisser leur portefeuille avant que l’heure du jugement dernier ne sonne, et ceux qui couperont les gaz alors qu’ils étaient en parfaite vitesse de croisière. Tout cela au seul nom de la crise.

Et comme toujours, il y aura ceux qui – postés tranquillement au pied de l’arbre – récolteront les fruits de toute cette Panurgitude (après l’allitération, le néologisme). Les listes de drops vont s’allonger, les vendeurs courir des rues déjà bien pleines et leurs prix devenir étonnamment raisonnables. Et tout cela va créer agitations et turbulences parmi les domaineurs. Heike, coach en développement personnel dont je ne saurais que recommander les services (pour ceux qui parlent allemand et qui ne craignent pas trop la critique), a utilisé un jour lors d’un séminaire une boutade qui pour je ne sais quelle raison m’a marqué. Ça ne va pas vous plaire, c’est en allemand : « nur kleine Affen laufen rum« . Ce qui, dans un français à la limite du babelfishé, donnerait : « il n’y a que les petits singes qui courent partout ». Comprenez par là – et je m’adresse surtout à ceux qui voient déjà des mastodontes du domaining sécrouler comme des éléphants sous les tirs des braconniers en 2009 – que ce sont surtout les petits porteurs qui vont souffrir, pour la plupart sous les coups de leur propre zèle.

Voilà pour le premier maillon de la chaîne. Mais chez les intermédiaires aussi, ça va swinger. Commençons par les registrars. Bon, si tous doivent subitement avaler des pilules indigestes à la manière d’un OnlineNic, ils risquent  tomber comme des mouches. Improbable me direz-vous ? Ben pas tant que ça vous répondrai-je ! Le cybersquatting n’est pas (qu’Winkune affaire de second marché, et on trouve des cybersquatteurs même parmi les clients des registrars s’affichant comme des spécialistes de la propriété industrielle. Si si, je vous jure, tout en sachant que certains vont tomber des nues. Vous voulez des noms ? Fouillez donc les whois en même temps que vous sortez votre chien ! Et comme il y aura toujours autant de juges pour ne rien comprendre et autant (sinon plus) d’avocats pour leur expliquer les choses sous l’angle qui les arrange, ça risque de faire tâche d’huile. Mais c’est de bonne guerre, chacun devant bien gagner sa croûte. Allez, soyons fous : je mise sur une affaire de cyber- ou typosquatting avec un registrar français activement impliqué (condamné ?) en 2009.

Pour le reste, et parce que business is business, je vois toujours plus de registrars se lancer sur le second marché pour compléter leur offre ou éviter l’asphyxie. Combien niveau francophone, en plus de ceux qui ont déjà marqué plus ou moins implicitement leur territoire ? Deux, trois, peut être quatre. Et l’inverse me direz-vous ? Non, Sedo ne deviendra jamais registrar. Pourquoi le ferait-il alors que la stratégie du groupe United Internet est clairement affichée avec 1&1 et, depuis peu, United Domains ? Par contre, d’autres formes d’expansion analogues ou satellites ne sont pas à exclure. Je vois, parmi les registrars, des acteurs plus modérés choisir la voie des intégrations plutôt que des lancement à tombeaux ouverts sur des coeurs de métier qui ne sont pas les leurs et qui risquent de grignoter leurs propres modèles de l’intérieur.

Ce qui m’amène sans transition au point suivant : je vois un processus d’achat simplifié pour les utilisateurs finaux. Je m’explique. C’est un fait, de plus en plus de noms de domaine sont pris et la tendance n’est pas prête de s’inverser, n’en déplaise aux fanatiques des nouvelles extensions à toutes les sauces. Et c’est également un fait, racheter un nom de domaine pour quelques centaines d’euros sur le second marché n’est pas encore naturel. Par contre, sortir sa carte de crédit et enregistrer un nom de domaine libre chez son registrar préféré l’est un peu plus. Au risque de passer pour un demeuré, je vois donc dans les domaines en vente à prix fixe sur les plateformes du second marché un formidable relai de croissance pour ces dernières… et pour les registrars, par la même. Et un coup de pouce bienvenu pour les utilisateurs finaux. Vous négociez souvent quand vous allez acheter votre baguette, vous ? Moi pas. L’homme moderne est bien plus habitué au processus d’achat direct. Bien sûr, ça ne marchera pas pour les domaines premium à €€.€€€, mais quel pourcentage des transactions du second marché se fait sur des domaines premium et surtout, quel pourcentage des ventes se fait en dessus du prix moyen d’environ 2000 USD ?

Je vois donc ce bon vieux Ano Nymous traîner ses guêtres chez RegistrarLambda.fr, s’y retrouver confronté à la dure réalité du domaine de son choix déjà pris par un premier arrivé (premier servi, s’il faut le rappeler), dégainer sa carte de crédit et racheter celui-ci pour €€€ directement dans sa crèmerie préférée. Attention, je ne dis pas que ce mode d’achat va supplanter voire remettre en cause tout ce qui s’est fait jusqu’à présent ! Je parle de canaux de distribution supplémentaires, de consolidation et de vision à long terme. Si vous n’êtes pas convaincu, je vous comprends. Mais regardez simplement, pour votre gouverne, ce qui se fait du côté de GoDaddy et demandez-vous combien pourront laver tout leur linge (propre) en famille. En clair, combien de registrars peuvent devenir des plateformes de second marché et combien de plateformes du second marché peuvent devenir des registrars ?

Allez, j’enchaîne avec la monétisation trafic. Je vois le parking de noms de domaine arriver dans une phase de maturité, avec toutes les conséquences que cela implique. La première est que ce produit est loin d’être mort et enterré. Ne serait-ce que parce qu’il est humainement impossible pour le domaineur moyen de développer 500 sites sur autant de noms de domaine. La seconde est qu’il y aura de moins en moins de petits nouveaux à la porte. Au risque de paraître un peu rapide en besogne, je dirais même que Google s’est engouffré par la dernière porte encore ouverte et qu’en ressortant, il la refermera derrière lui et se contentera peut-être d’un rôle pas si ingrat de videur à l’entrée. La troisième est qu’il va être vital pour les sociétés spécialistes du marché d’affûter leurs armes et leur offre. Pour y parvenir dans l’écosystème finalement assez maigre qui les entoure, je ne vois que deux chevaux de bataille : la publicité directe ou semi-directe (à savoir : afficher des pubs sur les pages parking sans passer par une régie de type Google ou Yahoo ou en passant par une régie « maison »Wink et la plurimonétisation (à savoir proposer plusieurs modèles de monétisation – PPA VS. PPC, bannières VS. liens etc.). Je parle bien entendu sans connaissance de cause, n’y comprenant rien ou pas grand chose en Product Management Shock)

Je vois de plus en plus de domaineurs crier au développement dans les grandes largeurs, mais toujours aussi peu pour faire ce qu’ils disent, pas ce qu’ils font. Mais j’en vois quand même plus franchir le pas que par le passé, débridant ainsi les moteurs de leurs plus belles machines. Je vois donc la frontière entre le domaineur et le webmaster s’amenuiser, et trouve le concept de webmainer de bonne mise. Je vois des chats faire des chats, et des chiens faire des chiens. N’attendez pas des sociétés de parking qu’elles vous proposent des solutions clés en mains pour développer vos 2000 domaines en un coup de pinceau, ce n’est pas leur métier.

Je vois des records de ventes tomber sous certaines extensions, notamment le .fr. Je vois par contre un prix de vente moyen baisser sous le coup de l’augmentation du nombre de transaction sous cette extension.

Toujours côté .fr, je vois poindre 2 à 3 prestataires de backordering et assez de monde pour s’en étonner.

Je vois plus de ventes aux utilisateurs finaux et moins plus de ventes spéculatives, soit toujours plus de transactions.

Je vois une démocratisation du second marché des noms de domaine dans la presse, mais pas pour autant moins d’histoires à dormir debout de domaineurs voleurs de poules et mangeurs d’enfants. Je vois des reportages sur les noms de domaine dans la presse écrite et télévisée.

Je vois une communauté qui parle de plus en plus fort, mais pas encore suffisamment organisée et dotée de portes-paroles charismatiques pour monter au créneau sur la scène publique. Je vois un soufflé qui risque de retomber, et c’est dommage. Mais un soufflé qui remontera en temps voulu.

Je vois des forums vivre et mourir, des clans se former, des réputations se faire et se défaire, des disputes éclater et des réconciliations s’organiser. Et je vois cela d’un œil amusé Shock)

Je vois quelques blogs fleurir, et autant faner. Mais j’en vois aussi quelques uns s’affirmer et même compter parmi leurs lecteurs des gens presque normaux. De là à savoir si le mien fera partie de cette dernière catégorie…

Je vois des rencontres du 3ème type. Je vois des gens apprendre d’autres gens des choses qu’ils n’auraient jamais cru apprendre, surtout pas de ces personnes.

Je vois la valorisation de noms de domaine se théoriser sous la houlette de chercheurs, d’universitaires et de praticiens. Mais toujours suffisamment de charlatans pour faire contrebalance.

Je vois l’AFNIC garder son trophée, et l’ICANN se préparer à perdre le sien. Je vois le grand flop des nouvelles extensions et les yeux ébahis de tant de grands comptes devant de si grandes dépenses pour de si maigres retombées. Je vois des entêtés vouloir se donner une seconde chance en voulant nous servir la même soupe pour 10 fois moins cher, sans se poser la question de l’utilisateur final – qui UTILISE ces nouveaux noms de domaines ? Pas pour les enregistrer, pour les TAPER dans son navigateur !

Je vois l’entame de ma cinquième année dans le microcosme des noms de domaines. L’âge ou l’on commence à radoter… et à ne plus voir toujours très clair. D’autant plus que j’approcherai dangereusement de la trentaine. C’est horrible. Bref.

Et vous, que voyez-vous pour 2009 ?

Quand y’en a plus, y’en a encore :

9 réponses à “2009 sera…”

  1. Denis a dit :

    Billet très intéressant, je l’ai lu en entier malgré une longueur considérable Smile
    Que pensez-vous des extensions existantes? Je voudrais surtout avoir votre avis sur les perspectives des .net par rapport aux .com
    Est-ce que c’est un bon moment pour dénicher les noms premium en .net?

  2. marocano a dit :

    Moi je vois le début de la fin pour certaines extensions farfelues et moins: genre .mobi par exemple.
    Je vois le debut de la fin pour le parking de domaine qui ne rapporte plus rien aux proprios…

  3. Rémy a dit :

    @Denis : merci de vous être forcé à lire ce billet en entier. On sera au moins deux, comme ça. Ce que je pense du .net ? La place de deuxième est toujours celle du premier perdant Smile

  4. Rémy a dit :

    @marocano: détrompez-vous, le parking reste une solution rentable pour ceux qui savent exploiter ses vertus et les vertus de leur trafic à bon escient Wink

  5. Dabsi a dit :

    Comme dirait l’autre, on croyait voir la lumière au bout du tunnel, mais ce sont les phares d’un train qui file droit sur nous.

    2009 nous rappelera 29 avec 2 zeros au milieu; el les ndd ont souffriront aussi malheureusement.

    Attachez vos ceintures…..

    Dabsi

  6. Myzini a dit :

    Salut et bravo pour cet article.
    Pour 2009 je vois très bien:
    Une rationalisation du portefeuille de ndd
    Chercher à améliorer la rentabilité de quelques ndd en parking
    Un effort sur la présentation des ndd proposés à la vente
    Peut être prendre quelques contacts avec des utilisateurs finaux.
    Rechercher de nouveau secteur de réservation de ndd.

    Pour tes prévisions je dirais que je suis d’accord.

    Le domaining français continuera de progresser en 2009 mais
    assez lentement malgres tout.
    bonne année

  7. Tomsa a dit :

    Si je devais faire une prédiction pour 2009 j’évoquerais probablement l’arrivée d’un ou deux gros acteurs sur le marché et le rachat de quelques portefeuilles francophones.

    Time will tell Wink

    Bonne année et merci pour l’article rémy !

  8. Jean-Marie Le Ray a dit :

    Ils sont marrants chez l’AFNIC : « Ano Nymous » ! Ano, en italien, c’est l’anus (ne pas confondre avec « anno » – deux n – qui veut dire année), soit la contraction d’An/ o Nymo/us ; tu me diras, une contraction à cet endroit-là, quoi de plus normal Smile
    Sur ce, mes meilleurs voeux de « buon anno » pour 2009 (mais surtout pas « buon ano »Wink
    Jean-Marie

  9. Rémy a dit :

    Tu es allée la chercher loin celle-ci Jean-Marie ! Bravo et bon anus, alors.

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