juil 29 2008
Matt, la Bentley du marché des noms de domaine
Par un matin pluvieux de mars 2004, je pris mes quartiers chez Sedo pour un stage de fin d’études dont je ne savais pas encore où il me mènerait. Au programme, classique : café, tour du propriétaire, présentation des équipes. Dans un coin du grand appartement de Rudolfplatz, un bureau un peu fouilli et un câble réseau qui semblait attendre sagement son maître.
Je demande timidement à mon chef :
- « Qui est assis là ? »
- « Matt, un Américain qui parle un peu francais qui a fait Stanford avec Sergey et Larry »
- « Sergey et Larry ? »
- « Les fondateurs de Google, je t’expliquerai. Je crois qu’il est en voyage d’affaires aux Etats-Unis pour monter une filiale Sedo »
- « Ah, sympa. J’espère le rencontrer un jour »
- « J’espère pour toi » (je vous dis pas la pression…)
Quelques mois plus tard était annoncé officiellement la création de Sedo LLC à Boston, avec à sa tête Matt et Ulrich, un médecin allemand reconverti dans les noms de domaine. Pendant ce temps-là, un autre des fondateurs finissait ses études en philosophie et les nouvelles recrues s’entassaient joyeusement dans les bureaux de plus en plus étroits. Quelque chose d’irrationnel flottait dans l’air, comme si la start-up surfait sur la vague parfaite à laquelle personne ne croyait plus depuis l’éclatement de la Bulle Internet quelques années plus tôt.
Cette vague, il fallait la trouver. C’est ce qu’avaient fait 4 ans plus tôt 5 jeunes copains allemands en naviguant dans les eaux troubles d’un projet étudiant. Découvrir la vague est une chose, mais aucun navire ne vogue sans un équipage soudé et les fondateurs étaient venus compléter la dream team avec le recrutement de Matt. Et dans cet équipage, Matt était incontestablement celui qui tenait la longue vue. Celui qui avait découvert la vague dans la vague : le parking de noms de domaine. Et qui allait guider Sedo sur les mers agitées du globodomaines (…)
Deux ans, une stratégie d’internationalisation, la création de SedoPro et une casquette de Product Manager/Chief Strategy Officer plus tard, Matt revint poser ses valises à Cologne pour apporter au siège allemand sa vision, son expérience et sa connaissance du marché… et travailler son allemand balbutiant. Non content d’être les yeux de l’entreprise, il en devint progressivement la voix. Car si Matt était quelqu’un de réservé dans la vie, ses yeux s’éclairaient et sa langue se déliait lorsqu’il était question de parler du marché entre experts aux quatre coins de la Terre. Parmi ses boutades préférées « [..] because that’s where the market will be in 5 years, so you might definitely consider jumping in now unless you wanna be left aside« .
Matt fût aussi à l’origine de la naissance des départements Marketing et Business Development. Car il avait compris avant bien d’autres que deux des clés de l’établissement à long terme du marché résidaient dans l’éducation d’une part, et dans le rapprochement avec le premier marché d’autre part. Plus récemment, il avait en quelque sorte parachevé son oeuvre avec la création d’un département Product Management Parking dédié dont le but serait de dessiner le produit parking du futur – un produit reposant certes sur des bases solides mais appelé à évoluer considérablement -
En 4 ans, j’ai du m’entretenir en tout et pour tout 2 heures pleines avec Matt. Certes, je ne suis pas non plus du genre bavard ni adepte des meetings à répétition. Ça tombe bien, Matt n’était pas souvent au bureau pendant les heures « classiques » et arrivait souvent avec une demi-heure de retard aux réunions pour parfois les quitter sans un mot avant leur terme. Pas par négligence, mais parce qu’il était déjà à des années lumières plus loin dans sa réflexion. Quoi qu’il en soit, 5 minutes d’échange avec Matt suffisaient souvent à balayer les brouillards parfois épais des mers du marché.
Matt faisait simplement partie de ces personnes qui sans vraiment être là, étaient là. Partout, tout le temps. Derrière chaque stratégie locale, derrière chaque changement de cap, derrière chaque succès, derrière chaque page parking, derrière chaque clic, derrière nous tous.
« Come on, it’s not a funeral !« , dit Matt à Tim suite à l’annonce officielle de son départ et le discours de remerciement élogieux dont le gratifia ce dernier. Je vais donc remercier Mr Bentley sobrement et arrêter de parler au passé.
Car Matt nous quitte sans vraiment nous quitter. Il occupera dans un premier temps jusqu’à la fin de l’année un rôle de consultant senior en stratégie. Comme il le dit (si bien) lui-même « after all, things won’t be so much different«
Je ne sais pas ce que Matt va faire dans les prochains mois, et vais laisser courir les rumeurs les plus loufoques. Mais je sais qu’il quitte Cologne dès la fin de la semaine pour retourner au « Fatherland ». Le connaissant, je l’imagine bien escalader les plus belles falaises des Etats-Unis ou faire un tour du monde en voilier… à la recherche de la vague parfaite. On lui souhaite bon vent !


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